Comment les médecins généralistes français prennent-ils en charge les lymphœdèmes ?


  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir 

Cette enquête de pratique menée sur 162 médecins généralistes (MG) de Haute-Normandie et d’Île-de-France montre que 86% des médecins généralistes ayant plus de 10 ans d’expérience recherchent le lymphœdème contre seulement 62% de ceux ayant moins d’expérience. Les auteurs de l’enquête émettent l’hypothèse que les médecins ayant plus de 10 ans d’expérience ont plus de probabilité d’avoir suivi des patientes avec lymphœdème post-cancer du sein dans les années 80, période où ces atteintes étaient plus fréquentes. Si l’échantillon interrogé a montré avoir une bonne connaissance des facteurs de risque (curage axillaire avec diminution des risques par utilisation de la technique du ganglion sentinelle, radiothérapie, surpoids/obésité) et de prise en charge, en revanche la fréquence de cette pathologie chronique et les conseils utiles aux patientes étaient moins bien maitrisés par les MG.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Si les oncologues, radiothérapeutes et chirurgiens carcinologiques ont une bonne maîtrise des lymphœdèmes post-cancer du sein, il n’en est pas forcément de même pour les MG qui pourtant accompagnent les patientes dans le temps. Les enquêtes de pratiques sont rares, et les résultats de celles-ci apportent des informations utiles à la fois pour les MG et les spécialistes.

Méthodologie

Cette enquête transversale, descriptive a évalué les connaissances de MG de Haute-Normandie et d’Île-de-France sur le lymphœdème du membre supérieur secondaire à un cancer du sein. Un questionnaire de 23 questions fermées a été envoyé par mails à des médecins installés et non remplaçants. Les médecins généralistes ont été interrogés sur le diagnostic, les facteurs de risque, les traitements et les conseils à transmettre aux patientes.

Principaux résultats

Au total, 490 médecins généralistes ont reçu le questionnaire et 162 (33%) ont répondu (55% d’hommes). Quarante-six pourcents des médecins avaient plus de 50 ans et 86% suivaient au moins 5 femmes souffrant de cancer du sein.

Seulement 6% des médecins n’avaient jamais pris en charge de lymphœdème. Les médecins ayant plus de 10 années d’expérience professionnelle avaient une meilleure appréciation de cette pathologie et recherchaient plus souvent le lymphœdème que les autres. 54% des médecins interrogés déclaraient que le lymphœdème apparaissait dans les 6 mois post-traitement du cancer (alors que selon les études longitudinales, le délai médian serait de 2 à 3 ans), et 78% évoquaient le rechercher à l’examen clinique (mesures périmétriques et signes cliniques) sans recours à des examens radiologiques complémentaires. Cependant, les données ne permettent pas de savoir si pour les mesures périmétriques, la différence de 2 cm versus le membre controlatéral était respectée. Les auteurs de l'article rappellent que bien que le diagnostic de lymphœdème, soit avant tout clinique sans recours à des examens complémentaires, "un écho-Doppler veineux du membre supérieur peut être utile pour rechercher une thrombose veineuse passée inaperçue".  Si 22% des MG adressaient leurs patientes à un oncologue, ils étaient tout aussi nombreux à les orienter vers un psychologue,17% d’entre eux prescrivaient une cure thermale et 55% les adressaient à un nutritionniste/diététicien. La prescription réalisée comprenait les mesures habituelles, à savoir la compression élastique le jour pour 77% des cas, les drainages lymphatiques manuels pour 74% et le port d’un manchon de nuit pour 36%. Les médecins généralistes axaient leurs conseils dans 80% des cas sur la prévention du risque infectieux et l’hygiène de la peau (en accord avec la diminution des portes d'entrée infectieuses recommandée chez ces patients à risque notamment d'érysipèle). En revanche certaines mesures évoquées comme l'interdiction des prélèvements sanguins sur le membre ipsilatéral au cancer (75%), la prise de la pression artérielle (66%), les voyages en avion (2,5%) ou la surélévation du membre atteint (14%) sont remises en cause par les experts. Enfin, certains conseils comme la restriction des activités physiques et sportives (22%), ne devraient plus être donnés, mais bénéficier d'un encadrement pour les plus traumatiques comme l'haltérophilie. Parmi les facteurs de risque de lymphœdème, les MG interrogés évoquaient spontanément les plus classiques : le curage axillaire (89%), la réduction du risque par la technique du ganglion sentinelle (82%), la radiothérapie (81%), la mastectomie (45%) et le surpoids/obésité (42%). 

Principales limitations

Le taux de réponse à l’enquête n’était que de 33%. Les questions uniquement fermées pouvaient faciliter le remplissage, mais orienter les réponses. Le nombre de femmes atteintes de cancer du sein suivies par les MG restait faible.