Comment le niveau socio-économique impacte directement l’inflammation

  • Berger E & al.
  • Nat Commun
  • 15 févr. 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Selon une étude française menée à partir du regroupement de plusieurs cohortes européennes, une situation socioéconomique défavorisée entre l’enfance et le début de la vie adulte est associée à un niveau d'inflammation plus élevé, évalué par le taux de CRP, avec notamment une association significative entre un faible niveau d'éducation et un taux élevé de CRP. L'indice de masse corporelle apparaît comme un facteur important dans cette relation, mais l’ajustement des données sur ce paramètre ainsi que tous ceux pouvant aussi l’influencer (tabac, alcool, sédentarité, sexe, âge…) a montré le maintien du niveau d’éducation atteint par le sujet comme facteur associé au niveau de CRP.

Les auteurs posent l’hypothèse que le niveau d’éducation pourrait se traduire par une capacité différente à mettre en place des moyens de compensation comportementaux ou matériels face au stress psychosocial.

Pourquoi cette étude est-elle importante ?

Les inégalités sociales se traduisent souvent en inégalités en matière de santé. Elles reposent notamment sur les différences en termes d’exposition (infection, pollution…) et d’hygiène de vie (alimentation, tabac, alcool, sédentarité, IMC...). Mais il est nécessaire de comprendre si elles constituent elles-mêmes un facteur de risque indépendant, une fois les autres paramètres pris en considération. Par ailleurs, il est nécessaire de comprendre quels déterminants sociaux sont plus particulièrement impliqués, à quelle période de la vie, et comment ces facteurs socio-économiques se traduisent biologiquement.

Étant donné l’importance de l'inflammation en tant que facteur de risque commun à de nombreux processus physiopathologiques, il était intéressant d’évaluer les liens entre les deux paramètres.

Méthodologie

L’analyse a été menée à partir des données poolées de 6 études européennes (EPIC-Italie, NCDS, Whitehall II, Skipogh et CoLaus d’Italie, Royaume-Uni, Suiss) et rassemblant 23.008 sujets. Le niveau socio-économique de chaque sujet était déterminé à trois période de vie: durant l’enfance par la profession du père, au début de la vie adulte par le niveau d’éducation atteint puis durant la vie adulte par le dernier métier exercé.

Principaux résultats

  • L'âge moyen était compris entre 45,8 et 67,4 ans selon les cohortes, et la proportion de femmes était comprise entre 46,8% et 51,7%, hormis pour l’une d’elles (Whitehall II, 29,2%). Le taux sérique moyen de CRP était compris entre 1,9 et 4,0 mg/L, et le taux de ceux ayant un faible niveau d'instruction entre 38,8% et 76,3%.
  • La consommation d'alcool, de tabac, la sédentarité, l’IMC et le faible niveau socioéconomique aux trois moments de l’analyse étaient associés à un taux plus élevé de CRP.
  • Les analyses multivariées menées après ajustement sur les paramètres ayant une influence sur la CRP a montré que l’IMC était un facteur indépendant important dans l’association entre niveau socio-économique et inflammation, potentiellement du fait du caractère pro-inflammatoire du tissu adipeux.
  • Parmi les différents paramètres constituant le niveau socio-économique, le niveau d’éducation atteint par l’individu apparaissait fortement associé à l’inflammation, même après ajustement sur les autres paramètres et l’IMC.

Financement

L’étude a été financée dans le cadre d’un programme européen de recherche.