Comment expliquer le lien entre consommation d’aliments ultra-transformés et risque de mortalité ?

  • Schnabel L & al.
  • JAMA Intern Med
  • 11 févr. 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

Le JAMA Internal Medicine a publié un article dédié aux relations existant entre la consommation de produits ultra-transformés et le risque de décès toutes causes parmi les participants de la cohorte française NutriNet-Santé âgés de 45 ans et plus. Dans ce travail, basé sur le suivi de plus de 44.000 personnes, 602 décès (1,4%) ont été recensés. L’augmentation de la part des aliments ultra-transformés dans l’alimentation était associée au risque de décès, après ajustement sur les paramètres socio-démographiques, économiques, hygiéno-diététiques et antécédents familiaux de cancer et de maladie cardiovasculaire. Elle restait un facteur statistiquement significatif après ajustement complémentaire sur le respect individuel des recommandations du PNNS (Plan national nutrition santé).

Les additifs présents dans les aliments, des composants issu de leur conditionnement, ainsi que les contaminants ou carcinogènes formés lors de la transformation industrielle des aliments pourraient être impliqués, comme le suggèrent les données de nombreuses études consacrées aux liens entre ces différents composés et la carcinogenèse ou les désordres métaboliques (données in vitro , modèles animaux, données épidémiologiques ou études de cohorte).

Méthodologie

Nutrinet est une cohorte prospective française constituée et suivie sur le web depuis 2009. Elle cherche à étudier les relations entre alimentation et santé. Cette analyse a été conduite à partir des données de suivi des participants de plus de 45 ans qui avaient répondu à au moins 3 enquêtes alimentaires complètes (nature et quantité de tous les aliments ingérés sur 1 journée tirée au hasard) et pour lesquels plus d’une année de suivi était disponible. Pour cette analyse, le suivi a été arrêté à fin 2017.

Principaux résultats

  • Au total, 44.551 personnes ont été incluses, d’âge moyen 56,7 ans, dont 73,1% de femmes. Le nombre moyen de questionnaires alimentaires disponibles sur les 2 premières années de suivi était de 6,6. En moyenne, les aliments ultra-transformés représentaient 14,4% du poids et 29,1% de l’apport calorique de l’alimentation quotidienne. Plus cette proportion augmentait et moins les recommandations PNNS étaient respectées, avec notamment une proportion croissante de graisses saturées et de sucres et une proportion décroissante de fibres.

  • Durant le suivi (6,6 ans en moyenne), 602 personnes sont décédées, dont 219 pour cancer et 34 pour évènement cardiovasculaire.

  • L’augmentation de 10% de la proportion des produits ultra-transformés dans l’alimentation était associée à celle du risque de mortalité toutes causes (HR : 1,14 [1,04-1,27], p=0,008), après ajustement sur les paramètres socio-démographiques, économiques, hygiéno-diététiques et antécédents familiaux de cancer et de maladie cardiovasculaire. Cette association restait statistiquement significative après ajustement complémentaire sur le respect individuel des recommandations du PNNS, ainsi qu’après ajustement sur la co-existence d’une maladie cardiovasculaire ou cancéreuse.

Principales limitations

  • La cohorte n’est pas représentative de la population générale car elle regroupe des personnes ayant souhaité participer, sensibles aux questions d’alimentation et d’hygiène de vie.

  • L’existence d’une relation causale inverse (modification des habitudes alimentaires du fait d’une maladie chronique) ne peut être exclue.