Combien y a-t-il de bébés secoués en France ?


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

À partir des codages PMSI-MCO spécifiques aux lésions cérébrales et extra-cérébrales sur la période 2015-2017, on recenserait 512 cas probables et 703 cas possibles de syndrome du bébé secoué (ou traumatisme crânien infligé par secouement – TCIS), soit entre 22,1 et 52,4 cas pour 100.000 naissances vivantes. Ces chiffres sont les premiers disponibles pour la France, et issus des données hospitalières. Ils sont conformes à ceux établis dans les mêmes conditions pour d’autres pays. Ils sont néanmoins plus faibles que ceux des études ayant pu croiser d’autres sources d’information (et notamment judiciaires).

Les caractéristiques détaillées des cas de TCIS probables et possibles permettent de penser que ces derniers ne constituent pas un groupe homogène et que seule une fraction d’entre eux sont finalement concernés. Il apparaît donc nécessaire de poursuivre l’information et la sensibilisation sur ce diagnostic et de mettre en place un codage spécifique ou, à défaut, des préconisations de codage adaptées.

Repérage des cas

L’analyse a été menée pour tous les enfants de 1 à 11 mois résidant en France hors Mayotte et ayant été hospitalisés pour un code CIM-10 évocateur. En l’absence de codage spécifique, les cas possibles de TCIS étaient suspectés en cas de présence d’au moins un code de lésions intracrâniennes (hémorragie traumatique sous-durale ou sous-arachnoïdienne). Les cas probables étaient posés lorsqu’un enfant présentait l’un de ces codages et/ou celui spécifique à une hémorragie rétinienne – très évocatrice-, et/ou en présence d’un code de maltraitance (sévices physiques, mauvais traitement par un parent…).

Comparaison des cas probables aux cas possibles

Au total, 512 cas probables et 703 cas possibles de syndrome du bébé secoué ont été identifiés entre 2015 et 2017, soit 1.215 enfants (entre 210 et 259 selon l’année). Le taux d’incidence des enfants souffrant de TCIS est ainsi compris entre 22,1 et 52,4 cas pour 100.000 naissances. L’âge médian de la cohorte, essentiellement masculine, était de 4 mois, avec 71% des enfants ayant entre 2 et 6 mois, et 18,6% ayant moins de 1 mois.

La comparaison des cas probables aux cas possibles montre que les premiers sont plus souvent des garçons (66,0 vs 60,5%), ont plus souvent eu plusieurs séjours à l’hôpital (33,8 vs 25,7%) et plus longtemps (12 jours pour l’épisode incident vs 2 jours), avec un taux de létalité hospitalière supérieur (6,3 vs 3,3%). Ils présentaient aussi plus souvent un codage associé ‘fracture de côte’ ou ‘fracture des os longs’ que les cas possibles (4,9 et 5,5% respectivement, contre 0,3 et 0,9%).

Parmi les cas probables, plus de la moitié avaient présenté une hémorragie rétinienne et ils étaient nombreux à avoir un codage complémentaire de ‘sévices physiques’ ou de ‘difficultés liées à de possibles sévices physiques infligés à un enfant’ (57,8% et 35,2%). Pour 28,9% d’entre eux, on trouvait aussi un codage ‘autres affections du cerveau’ (hypertension intracrânienne bénigne, compression).

Perspectives

Le profil des cas probables correspond bien à la description des TCIS dans la littérature. Les cas possibles semblent assez différents, avec des lésions associées évocatrices de maltraitance moins fréquentes et des signes cliniques moins nombreux. Les auteurs posent l’hypothèse que seule une partie de ce groupe a sans doute souffert de TCIS.

Il serait utile de disposer d’un codage spécifique de ces cas ou, a minima , de recommandations concernant le codage via les autres codes disponibles, sur la base des éléments du diagnostic résumés par la HAS .