Colles, acariens, peintures… : rôle des éléments de l’environnement intérieur dans le phénotype allergique pédiatrique

  • Apel K & al.
  • NPJ Prim Care Respir Med
  • 25 juil. 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

Une analyse menée à partir des données mère-enfant de 935 familles bretonnes incluses dans la cohorte PELAGIE a permis de mettre en évidence cinq phénotypes différents de symptômes respiratoires et allergiques au cours des six premières années. Dans cette population, l’exposition postnatale aux colles utilisées pour la rénovation de l’habitat et celle aux peintures étaient respectivement associées au phénotype de toux/sifflement et au phénotype mixte (manifestations diverses).

Pourquoi cette publication est-elle intéressante ?

Les auteurs de l’étude précisent que les phénotypes identifiés ne représentent pas des entités cliniques car le développement et l’expression de ces différents troubles dépendent des interactions entre les gènes et l’environnement. Mais ils estiment que si ces données sont confirmées par d’autres travaux, elles peuvent constituer autant de pistes de prévention à évoquer avec les familles.

Méthodologie

L’étude PÉLAGIE ( Perturbateurs Endocriniens : Étude Longitudinale sur les Anomalies de la Grossesse, l’Infertilité et l’Enfance ) repose sur le suivi de couples mères-enfants depuis 2002. L’étude a inclus 3.421 femmes enceintes, recrutées au cours de leur première visite prénatale en Bretagne. Au cours du suivi, qui est toujours en cours, l’environnement domestique et la santé de ces individus ont notamment été analysés par questionnaire à 2 ans et 6 ans. Parmi cette cohorte, 935 couples mères-enfants, pour lesquelles des données respiratoires et allergiques recueillies par suivi médical étaient disponibles, ont fait l’objet de ce travail. La prévalence des symptômes respiratoires et allergiques (toux, sifflement, eczéma, rhinite) a été évaluée à l’âge de 1, 2 et 6 ans et a permis d’établir des phénotypes caractérisant la trajectoire des enfants au cours de la petite enfance.

Principaux résultats

Les mères participantes avaient un âge moyen de 30,8 ans, et les enfants, pour la plupart nés à terme (96,8%) par voie vaginale (83,2%) étaient des garçons pour 51,3% d’entre eux. Ils avaient été nourris exclusivement au sein durant le premier trimestre dans 41,1% des cas. Il existait des antécédents familiaux d'allergie chez 26,3% des couples. Par ailleurs, à l’âge de deux ans, l’exposition à la fumée de tabac ambiante (ETS), à l'eau de Javel, à la colle et aux peintures avait concerné respectivement 34,8%, 44,4%, 45,0% et 48,5% des enfants.

Un groupe chez lequel les symptômes étaient rares et peu évolutifs a été qualifié de phénotype de référence et regroupait 31,1% de la cohorte. Parallèlement, un phénotype toux transitoire regroupait 36,4% des enfants et représentait ceux chez lesquels la toux, systématiquement présente à 2 ans, régressait pour rejoindre à 6 ans la fréquence observée dans le groupe de référence. Deux autres phénotypes eczéma/toux (12,3%) et respiration sifflante/toux (11,8%) regroupaient des enfants chez lesquels les deux manifestations, présentes à 2 ans, diminuaient à 6 ans. Enfin, le phénotype mixte caractérisait 8,0% des enfants, chez lesquels les 4 symptômes dépassaient les taux de prévalence du groupe de référence à 1, 2 comme à 6 ans.

Parmi les paramètres environnementaux évalués, l’utilisation de colles et l’utilisation de peintures acryliques avant l’âge de deux ans étaient respectivement associées au phénotype respiration sifflante/toux et au phénotype mixte (OR ajusté : 2,3 et 2,1 respectivement, significatif). Inversement, dormir sur un matelas de plus de 3 ans (utilisé comme un marqueur d’exposition aux acariens était de façon surprenante associé à un risque réduit de présenter un phénotype respiration sifflante/toux (ORa : 0,5, significatif). Aucun autre paramètre environnemental (animaux domestiques, nature du chauffage, utilisation de javel, …) n’était associé à ces risques.