CNS : les objectifs 2020 de la France ne seront pas tenus


  • Caroline Guignot
  • Actualités Médicales
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

L’objectif 95/95/95* que la France s’est fixée pour 2020 ne sera pas tenu, regrette le Conseil National du Sida et des hépatites virales (CNS). Quelques jours avant la journée mondiale de lutte contre le sida, le CNS a publié fin novembre 2019 une note valant avis dans laquelle il regrette « qu’en dépit des efforts engagés » et malgré « certaines données récentes [suggérant] l’amorce d’une inflexion » qui reste limitée et doit être confirmée, « les indicateurs ne montrent pas de réduction de l’épidémie en France d’un niveau aussi important qu’à l’étranger, dans des villes et des pays comparables aux nôtres ». Il remarque notamment que certains groupes de populations ou certains territoires (hétérosexuels nés à l’étranger, hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, départements et régions d’Outremer…) ne bénéficient pas de la dynamique encourageante démontrée par d’autres au niveau national. Un constat « d’autant moins acceptable que tous les outils permettant d’enrayer l’épidémie sont disponibles. »

Aussi, soulignant que la qualité de la politique de dépistage d’un pays détermine la « réussite des politiques mises en œuvre pour enrayer l’épidémie », le CNS y décrit les principales faiblesses de l’action publique française en matière de dépistage et propose ses améliorations.

Mieux connaître, diversifier le dépistage, améliorer l’accès, impliquer plus largement

Le CNS propose d’améliorer la production de données épidémiologiques actualisées et territorialisées pour adapter les politiques de dépistage aux besoins, les données aujourd’hui disponibles présentant des limites méthodologiques. Il souligne la nécessité du travail conjoint entre Santé publique France et l’Inserm sur le plan des données nationales et celle d’un travail conjoint ARS/CIRE/COREVIH sur le plan territorial ( Agence régionale de santé/ Cellule d’intervention en région/ Coordination régionale de la lutte contre le VIH ).

Il propose aussi d’aller plus loin dans la diversification du dépistage et de ses acteurs en partant des besoins des personnes : si la stratégie initiale visait historiquement à permettre le diagnostic des personnes infectées à un stade précoce dans un but thérapeutique (stratégie du Test and Treat ), cette offre de dépistage échouait à atteindre une partie des personnes infectées. La nécessité d’un accès plus facile au dépistage a notamment favorisé l’essor des tests rapides d’orientation diagnostique, notamment hors les murs. Ainsi, « le dépistage est devenu un outil de promotion de la santé sexuelle et d’accès à la prévention autant pour les personnes testées séronégatives que testées séropositives ». Reste que pour l’heure, l’appropriation de cette nouvelle culture du dépistage du VIH par l’ensemble des acteurs est « largement inaboutie ».

Pour le CNS, la diversification des offres doit être renforcée pour mieux répondre aux besoins et aux attentes des personnes (selon leur origine géographique, leurs pratiques sexuelles, leur éloignement des soins…), ce qui peut imposer de démédicaliser l’offre lorsqu’une compétence médicale n’est pas spécifiquement requise.

Afin de faciliter l’accès aux différents outils de dépistage, le CNS propose de simplifier et d’accélérer l’accès aux sérologies classiques (mobilisation du réseau des laboratoires de biologie de ville, expérience « Labo sans ordo », téléconsultation …), d’élargir l’offre de TROD à de nouveaux acteurs (via les officines, les généralistes), de renforcer la diffusion des autotests (notamment en levant les obstacles financiers) et de mettre en place une offre dématérialisée de dépistage du VIH et des autres IST (offre en ligne de prévention et de dépistage par auto-prélèvement, incitation au dépistage trimestriel via des kits d’auto-prélèvement ou via les structures conventionnelles…).

Enfin, il insiste pour que les politiques de dépistage soient territorialisées, soulignant l’innovation et la pertinence des approches « villes ou territoires sans sida ».


*95% des personnes infectées diagnostiquées, 95% des personnes diagnostiquées placées sous traitement, 95% des personnes traitées en situation de succès thérapeutique (charge virale indétectable :