CNOM : des vœux très politiques


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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Ce sont des vœux musclés que le Dr Patrick Bouet a adressé au nom du Conseil National de l’Ordre des Médecins qu’il préside. Car pour lui, les événements de ces deux derniers mois « ont démontré avec force que la santé est au cœur des préoccupations des Français » : ils sont l’expression d’une crise de la solidarité nationale, qui est manifeste dans les difficultés d’accès aux soins, « l’épuisement des professionnels de santé », le manque de considération à l’égard des personnels hospitaliers, « l’exaspération des acteurs locaux », qu’ils travaillent ou non dans le domaine des soins. Pour lui, « le système de santé est arrivé au terme d’un cycle ». Si les politiques n’en tiennent pas compte, « cela constituera le lit de troubles majeurs. »

Le Dr Bouet rappelle la satisfaction de l’Ordre à l’annonce du projet de loi « Ma santé 2022 », mais aussi son appel d’alors à la vigilance. Effectivement, aujourd’hui, l’inquiétude est « réelle . » Certes, il y a eu de nombreuses consultations. Mais qui garantit que les propositions des professionnels seront mieux prises en compte que celles émises lors des consultations par les gouvernements précédents ? D’autant que les réunions ont trop souvent porté sur des sujets techniques et restreints : « Ce n’est pas de l’organisation du système dont il a été débattu, de ses objectifs, de ses principes, mais simplement de son fonctionnement. » Les professionnels n’ont pas été associés à la rédaction du projet de loi, loi dont on peut craindre qu’elle se fasse par ordonnances au détriment du débat parlementaire.

Pourtant, « les diagnostics et les objectifs à poursuivre sont partagés par tous les acteurs, et de manière très lucide par la ministre de la Santé elle-même . » Alors ? « Terrible que le texte annoncé marque une simple accélération des lois précédentes, alors que nous avons aujourd’hui besoin d’une rupture ! » Pour cela, il faut faire « des choix forts, des choix politiques. » Les initiatives des professionnels ne doivent pas être « sacrifiées » à des normes appliquées uniformément sur le territoire, le périmètre des territoires de santé doit être défini par les acteurs eux-mêmes, la place des CHU dans les Groupements hospitaliers de territoire (GHT) doit être contenue, l’égalité devant les soins doit être réaffirmée en pratique, le médecin doit rester « le cœur de l’équipe de soins », les contenus et périmètres de chaque profession de santé doivent être claires et lisibles, les médecins doivent pouvoir changer de spécialité au cours de leur carrière.

La conclusion est très claire : « Nous userons et abuserons de notre capacité d’interpellation », écrit-il à l’adresse de la ministre. Et aux autres politiques : « Soyez courageux, en écoutant et en co-construisant l’avenir ! »