CMGF 2020 – Organisation des structures pluriprofessionnelles face au COVID-19


  • Caroline Guignot
  • Actualités Médicales
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Quels ont été les besoins et difficultés rencontrées par les structures pluriprofessionnelles face au COVID-19, et quelles ont été les réorganisations et initiatives mises en place durant la crise ? Une enquête menée en ligne auprès des structures de santé pluriprofessionnelles entre le 26 mars et 7 avril, et diffusée auprès des réseaux des fédérations a été présentée par Marine Ray (EHESP).

Enquête de terrain

Au total, 343 structures, soit 20% environ des structures du territoire, ont répondu dont 249 maisons de santé pluridisciplinaires (MSP, dont 20% étaient multisites, les 2/3 étaient représentatives de 5 régions) et 94 centre de santé (CDS, majoritairement en territoire urbain).

Au début du confinement, 71% ont déclaré avoir maintenu ou augmenter leur accessibilité physique ou téléphonique, avec circuit spécifique pour les patients suspects.

Concernant la continuité des soins, 92% des structures ont protocolisé le suivi des patients COVID (rappel téléphonique ou téléconsultations le plus souvent, registre partagé, VAD…). Pour les patients non-COVID, 41% avaient fait une liste de patients à contacter et 20% avaient prévu de le faire, tandis qu’un tiers avaient protocolisé le suivi de ces patients. Par ailleurs, la majorité indiquait que le suivi avait été inchangé ou réduit durant la période.

Par ailleurs, deux tiers des structures avaient mis en place une cellule de crise, la plupart avant le début du confinement. La majorité déclaraient qu’il existait un consensus dans la prise de décision au sein de l’équipe et 59% avaient déclaré des solutions innovantes pour répondre aux problèmes rencontrés, principalement pour faire face aux pénuries de matériel (appel aux dons, aides locales…) ou création de capacités spécifiques avec d’autres acteurs (centres COVID).

Les praticiens ont déclaré avoir établi les coopérations interprofessionnelles les plus fortes avec les pharmaciens puis avec d’autres professionnels de santé de ville, même s’il existait une forte hétérogénéité selon les structures.

Enfin, la quasi-totalité des structures ont déclaré des pertes de revenus et des surcoûts liés à l’épidémie. Les CDS déclaraient plus souvent une diminution de leurs effectifs médicaux, infirmiers et administratifs, tandis que les MSP déclaraient plutôt une baisse d’activité des autres professions de santé présentes.

Deux exemple de terrain

Laurine Lebas (centre médical de santé de Saint-Ouen, Seine Saint-Denis) a relaté l’expérience de son centre durant l’épidémie. Habituellement formé d’1 centre principal et deux autres plus petits centres (14 généralistes, 7 infirmières, 10 personnels d’accueil) avec une file active quotidienne de 300 patients, l’activité a été réorganisée sur le seul centre principal durant la période de crise sanitaire, avec suspension des consultations non programmées et maintien des consultations de gynécologie et planning familial, des urgences dentaires et des consultations CSAPA.

Les consultations téléphoniques ont été privilégiées plutôt que les téléconsultations (fracture numérique locale, rapidité de mise en œuvre…) : une première orientation était faite selon que l’appel concernait ou non le SARS-CoV-2. Lorsque c’était le cas, le patient était inscrit sur une liste et recontacté dans la journée par le médecin, puis vu en présentiel si besoin.

Les patients qui se présentaient au centre étaient questionnés sur leurs symptômes et avaient une prise de température et un lavage de mains à leur arrivée : ils passaient, selon le résultat, dans la filière classique ou, dans une filière spécifique (salle séparée, masque, lavage de mains). La consultation COVID était menée dans un box avec une fiche personnelle et un questionnaire menés par une infirmière puis une consultation avec un médecin. L’orientation vers le domicile (avec suivi) ou vers l’hôpital était faite selon le contexte clinique.

Au sein du CDS, des débriefings quotidiens et des réunions pluriprofessionnelles étaient organisés pour partager l’information et discuter des pratiques.  Au total, durant la crise, le centre a reçu 1.476 appels en régulation, et 572 patients ont été pris en charge pour suspicion de COVID-19.

Hermine Saguy, elle, a rapporté l’expérience de sa MSP (Cabestany, Pyrénées Orientales), implantée dans une région où la précarité, la densité de population urbaine, la sous-densité médicale et la morbimortalité relativement importante ont nécessité rapidement une réorganisation des soins pour prendre en charge les patients COVID-19 tout en permettant de limiter l’impact de l’épidémie sur les hôpitaux et centres 15. Un ancien hôpital militaire a été réquisitionné pour créer une plateforme téléphonique de 10 postes (médecins ou internes) et un centre COVID, fonctionnant sur un corpus de documents de référence commun. La démarche a été portée par deux MSP, dont une universitaire. Un comité de pilotage s’est mis en place rapidement et l’organisation du centre s’est articulée entre toutes les spécialités représentées, libéraux et salariés, les infirmières, secrétaires, internes en médecine générale et coordinateurs. Ils ont rapidement développé des échanges avec le service de maladies infectieuse de l’hôpital référent et les tutelles locales, notamment autour de la dynamique épidémique réelle et de ses projections. Ce dialogue ville-hôpital a permis d’optimiser le parcours coordonné des patients. La communication entre professionnels a été assuré par le conseil départemental de l’ordre des médecins et un groupe fermé Facebook pour ceux qui le souhaitait.

Au total, trois centres ont été ouverts sur Perpignan. Ils ont reçu 2.260 patients entre le 20 mars et 11 juin et ont assuré 233 suivis de cas, 87 hospitalisations, et ont effectué 163 PCR, la plateforme ayant reçu au total 4.517 appels. La coordination ville-hôpital-institution mise en place précocement s’avère être dans la lignée du fonctionnement des CPTS (communauté professionnelle territoriale de santé) et pourrait être extrapolable à d’autres problématiques de santé. Un Plan blanc ambulatoire pourrait être articulé de façon systématique avec le Plan blanc hospitalier pour faire face aux prochaines vagues épidémiques.