CMGF 2020 - Comment les généralistes et les patients chroniques se sont-ils adaptés à l’épidémie ?


  • Caroline Guignot
  • Actualités Médicales
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L’épidémie liée au SARS-CoV-2 a été un évènement inédit qui a demandé à chacun de se réorganiser. Des enquêtes menées au cours du confinement permettent d’apprécier l’impact de cette crise sanitaire ...Elles ont été présentées au congrès CMGF 2020.

Impact de l’épidémie chez les généralistes

Les médecins généralistes se sont rapidement trouvés en première ligne dès que l’épidémie de COVID-19 s’est développée. Dès le début de la phase 3 de l’épidémie (circulation active), plusieurs organisations (SFMG, CMG…) ont voulu évaluer comment ces acteurs libéraux seraient impliqués, sachant que jusqu’au 18 mars, aucune recommandation spécifique aux soins primaires n’existait encore, et dans un contexte de crainte que les tutelles ne se penchent pas sur ce sujet étant donné la situation d’urgence. Ils ont mené une enquête dont l’objectif étant in fine d’établir un état des lieux pour émettre des recommandations. La première vague a été menée par mailing du 14 au 21 mars (semaine de mise en place du confinement) auprès de 25.000 médecins généralistes, parmi lesquels 7.481 ont répondu (5.425 questionnaires complets exploitables). Les participants étaient une majorité de femmes et avaient en moyenne plus de 45 ans. Au moment de l’enquête, 16% déclaraient ne plus disposer d’aucun masque et 40% ne plus disposer de gel hydroalcoolique. Malgré ces difficultés, et en l’absence de recommandations, 71% des généralistes se sont adaptés en créant des espaces d’attentes spécifiques pour les patients suspectés de COVID-19 ou en mettant en place une filière spécifique pour les patients diagnostiqués. Ceux qui exerçaient en structure pluri-professionnelle étaient souvent mieux dotés et avaient plus souvent réorganisés le cabinet que les autres.

La seconde vague de l’enquête a été menée entre le 7 mai (annonce du déconfinement) au 20 mai et sa diffusion a été élargie via les réseaux sociaux. Au total, 4.700 réponses dont 3.099 exploitables ont été analysées. Ici encore, une majorité de femmes (54,9%) et une moyenne d’âge relativement basse (46,4 ans) était observée par rapport à la population globale des généralistes français. Ainsi, la disponibilité des équipements de protection individuelle avaient nettement augmenté (presque à 100% pour les masques chirurgicaux, autour de 80% pour les FFP2 et les surblouses).

La part des médecins ayant mis en place des créneaux horaires spécifiques pour les patients atteints de COVID-19 est passée de 30 à 60% au cours des deux mois, et celle d’un circuit dédié de 20 à 50%, les chiffres étant plus élevés dans les structures pluriprofessionnelles. Par ailleurs, un quart des participants ont établi la liste de leurs patients fragiles et ont pris des contacts systématiques avec eux.

La téléconsultation, qui était pratiquée par moins de 10% des participants auparavant, avait été utilisée par 77% d’entre eux durant le confinement et 90% avaient mené des consultations par téléphone, même si ces actes ne représentaient qu’une faible part de leur activité totale. Les premières étaient dans leur majorité facturée à l’Assurance Maladie (contre 1 sur 2 pour celles par téléphone). D’ailleurs, 60,8% des MG déclaraient penser continuer cette activité dans leur pratique quotidienne.

Impact de l’épidémie chez les patients chroniques

Parce que les patients atteints de maladie chronique ont un risque de forme grave et de décès liés au COVID-19 et parce que les mesures de confinement ont pu avoir une influence négative sur l’état de santé général de ces patients, Le DUMG de Paris Sorbonne, en partenariat avec la plateforme Carenity qui regroupe patients chroniques et médecins. Seuls les patients de plus de 18 ans, résidant en France et sous traitement de fond pour une maladie chronique ont été invités à remplir un questionnaire de 24 questions fermées. Au total, 2.694 ont répondu (52 ans en moyenne, 75,9% de femmes), dont la majorité (58,4%) vit dans des communes de moins de 100.000 habitants.

Les trois principales pathologies chroniques représentées étaient le diabète de type 2, l’HTA et l’asthme (entre 12,9% et 17,3 pour chacune).

Environ deux patients sur 5 ont indiqué avoir annulé ou reprogrammé une consultation ou une intervention prévues de longue date (45,6%) ou avoir réduit la fréquence de leurs visites chez le médecin (39,5%), un quart ayant eu des difficultés à trouver un médecin disponible.

La baisse de recours aux consultations a été rapportée quelle que soit la pathologie, mais ceux atteints de pathologies plus spécifiques (sclérose en plaques, spondylarthrite ankylosante, polyarthrite rhumatoïde…) étaient les plus impactées.

Autre élément de préoccupation : 4,5% des participants ont indiqué avoir totalement arrêté leur traitement de fond (8,2% l’avait arrêté temporairement), et ce chiffre montait jusqu’à 6,7% voire 14,2% des sujets souffrant de polyarthrite rhumatoïde ou de spondylarthrite ankylosante, sachant que 8,4% de l’ensemble de la cohorte indiquait avoir eu des difficultés à trouver le traitement en pharmacie.

Sur une échelle de 0 à 10, les sentiments de stress et d’isolement déclarés par les répondants étaient en moyenne de 6 et de 5,5 points, leur principale préoccupation étant due aux risques liés à leur maladie chronique (40,6%).