Cholestase intrahépatique gravidique : quels risques pour la mère et l’enfant ?

  • Arthuis C & al.
  • PLoS ONE
  • 1 janv. 2020

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Une étude française vient de mettre en évidence qu’une cholestase intrahépatique gravidique bénéficiant d’un suivi spécifique reste une situation à risque pour la mère et l’enfant avec :

  • Un taux de syndrome de détresse respiratoire néonatale 2 à 4 fois supérieur chez les enfants nés de mères atteintes d’une cholestase intrahépatique gravidique par rapport aux autres. 
  • Un risque d’hémorragie post-partum multiplié par 2 chez les mères souffrant de cholestase intrahépatique gravidique. 

En revanche, le taux d’enfant mort-né ne différait pas entre les femmes porteuses d’une cholestase intrahépatique gravidique et les autres.

Protocole de l’étude

Cette étude cas-contrôles menée au sein d’un hôpital universitaire français a comparé des femmes enceintes atteintes de cholestase intrahépatique gravidique (avec prurit et acides biliaires ≥10μmol/L) à des femmes enceintes n’ayant pas reçu ce diagnostic. 

Pourquoi ces données sont intéressantes ?

Des données issues d’études antérieures avaient suggéré que la cholestase intrahépatique gravidique – la plus fréquente des hépatopathies gravidiques chez les femmes normotendues – serait associée à un risque plus important d’événements néonataux et maternels délétères. En France, sa prévalence serait de 0,5% et elle serait plus fréquente à partir du second et troisième trimestres. Les principaux symptômes caractéristiques de cette pathologie sont un prurit et une élévation des taux d’acides biliaires sériques et des enzymes hépatiques. Tout cela est réversible après l’accouchement. Le centre français de référence de niveau III qui a réalisé cette étude met en place une prise en charge spécifique avec un suivi clinique et biologique hebdomadaire et déclenchement systématique de l’accouchement à 38 semaines ou avant afin de limiter les risques de décès in utero. Il était intéressant pour cette équipe d’évaluer les effets de cette situation clinique pour l’enfant et la mère malgré une prise en charge clinique organisée.

Principaux résultats

Au sein de cet hôpital universitaire, 29.938 femmes ont accouché durant la période d’évaluation (entre décembre 2006 et décembre 2014). Parmi elles, 140 femmes souffrant de cholestase intrahépatique gravidique et 560 femmes contrôles ont été incluses dans les analyses. Sur l’ensemble de la population de l’étude, 59,3% avaient développé une cholestase légère (taux d’acides biliaires entre 10 et 39 μmol/L), 32,8% une cholestase modérée (taux d’acides biliaires entre 40 et 99 μmol/L) et 7,9% une cholestase sévère (taux d’acides biliaires ≥100 μmol/L). Il n’y a eu aucun enfant mort-né sur l’ensemble de la population étudiée au cours des 8 années de suivi. Si la taille des enfants par rapport à leur âge gestationnel n’était pas significativement inférieure chez ceux nés de mères porteuses d’une cholestase, en revanche, le poids moyen de naissance était significativement inférieur par rapport aux enfants nés de mères ne présentant pas cette pathologie (3.082 g vs 3.350 g, pvs 4,6%, p

Parmi les femmes atteintes de cholestase, 82,1% ont eu un accouchement provoqué contre seulement 18,4% pour les femmes du groupe contrôle. Le risque d’hémorragie post-partum était également deux fois plus élevé chez les femmes qui souffraient de cholestase intra-hépatique gravidique (25% vs14,1%, p=0,002), mais sans différence de taux de transfusion entre les deux groupes.

Principales limitations

Étude rétrospective pouvant présenter des biais dans le recueil des données.