Chirurgie bariatrique à l’adolescence : entre physique et mental

  • Järvholm K & al.
  • Lancet Child Adolesc Health
  • 21 janv. 2020

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

La plus large étude de cohorte menée jusqu’à présent ayant évalué la santé mentale à moyen terme d’adolescents en post-chirurgie bariatrique vient de livrer ces résultats. Ceux-ci ont été publiés dans The Lancet. Ils révèlent que la prévalence des problèmes de santé mentale est plus élevée chez les adolescents obèses que dans la population générale qu’il y ait ou non une prise en charge chirurgicale de l’obésité. Ces jeunes sont tout particulièrement en attente d’une meilleure santé physique et mentale après la chirurgie. La chirurgie bariatrique améliorerait bien des aspects de la santé physique et la qualité de vie des adolescents, mais environ un quart des adolescents présenteraient toujours à moyen terme des troubles de santé mentale nécessitant une prise en charge spécifique. Ces résultats mettent en évidence que la chirurgie de l’obésité doit s’inscrire dans une prise en charge multidisciplinaire, et ce, d’autant plus qu’elle s’adresse à des individus en pleine période de construction et de vulnérabilité.

Pourquoi cette étude est intéressante ?

L’American Society for Metabolic and Bariatric Surgery de 2018 mentionne l’importance des soins psychiatriques en amont et en accompagnement de ces interventions. Les analyses montrent bien que seul un faible nombre de sujets ayant un traitement psychiatrique (médicaments ou soins) avant la chirurgie ou les soins conventionnels n’en avaient plus besoin après. 

Protocole de l’étude

Des adolescents (13-18 ans, IMC avant chirurgie ≥40 kg/mou ≥35kg/mavec une comorbidité associée) issus de l’étude AMOS -Adolescent Morbid Obesity Surgery-, ayant subi une chirurgie bariatrique ont été inclus dans les analyses de cet essai non-randomisé, contrôlé. Le groupe témoin apparié sur l’âge, le sexe, l’IMC, avait suivi un traitement conventionnel de l’obésité. Cette étude présente la particularité d’avoir recueilli des données objectives (de registre) et des données subjectives (issues d’autoquestionnaires évaluant l’estime de soi, l’humeur et les habitudes alimentaires).

Principaux résultats

Au total, 81 adolescents (65% de filles) ont eu une chirurgie bariatrique type pontage de Roux-en-Y et 80 ont servi de témoins. À l’inclusion, l’âge et l’IMC moyens étaient significativement supérieurs dans le groupe chirurgie par rapport au groupe contrôle. Cinq ans après la chirurgie, l’IMC moyen était significativement plus faible dans le groupe chirurgie. La variation moyenne d’IMC au cours de ces 5 années était de -13,1 kg/mdans le groupe chirurgie et +3,3 kg/mdans le groupe contrôle.

Si la proportion d’adolescents ayant eu recours à un traitement pour troubles de santé mentale n’était pas significativement différente entre les deux groupes avant l’inclusion ou à 5 ans, elle augmentait dans les deux groupes au cours du temps. Aucune différence significative n’a été mentionnée entre les deux groupes en ce qui concerne le recours à ces traitements. 

La proportion de sujets ayant reçu une prescription de traitement psychiatrique était semblable entre les deux groupes dans l’année précédant l’inclusion et après l’intervention. Les troubles de l’attention, ainsi que les troubles anxieux et dépressifs constituaient les principaux diagnostics liés à ces troubles mentaux. La prise en charge des troubles mentaux et des troubles du comportement alimentaire étaient également semblables entre les groupes depuis l’inclusion. Cependant, par rapport aux adolescents contrôles, ceux qui avaient eu une chirurgie bariatrique avaient reçu un traitement plus spécialisé dans les 5 ans post-chirurgie. Cinq années après la chirurgie, l’estime de soi était significativement améliorée par rapport à l’inclusion chez les adolescents du groupe chirurgie, mais pas l’humeur générale. Le singe eating (compulsion alimentaire) était modérément amélioré 5 ans après la chirurgie.

Recul sur les données

L’augmentation des interventions en lien avec la santé mentale après l’intervention chirurgicale pouvait simplement résulter d’un meilleur accès aux soins et d’un suivi plus étroit en post-chirurgie.

Principales limitations

Étude non randomisée, recueil de certaines données uniquement par autoquestionnaires, et la santé mentale n’a été suivie dans le temps que chez les adolescents ayant subi une chirurgie bariatrique.