Céfidérocol : la stratégie du cheval de Troie, une approche miracle contre les souches multirésistantes ?


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Selon une étude clinique de phase 2 parue dans le Lancet Infectious Diseases , le céfidérocol serait non inférieur à un traitement par imipénème-cilastatine dans la prise en charge des infections compliquées des voies urinaires à bactéries Gram négatif multirésistantes ( Escherichia coli, Klebsiella pneumoniae, Pseudomonas aeruginosa ). Les analyses post-hoc démontrent même la supériorité du céfidérocol par rapport au traitement contrôle. Par ailleurs, le traitement était associé à une tolérance semblable à celle du groupe imipénème-cilastatine.
  • Ces données encourageantes devraient être prochainement complétées par les études actuellement menées dans le traitement des pneumonies liées aux soins et aux pneumonies acquises sous ventilation ainsi que par d’autres travaux menés dans le cadre d’infections causées par des germes résistants aux carbapénèmes.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Le céfidérocol est un antibiotique sidérophore dont la structure est voisine de celle du céfipime, mais dont les modifications structurelles (groupement catéchol en position 3 de la chaîne latérale) lui permettent d’utiliser le système bactérien de transport actif du fer au travers de la membrane externe et de contourner les principaux mécanismes de résistance des bactéries Gram négatif contre les bêta-lactames.

Méthodologie

  • L’étude de non-infériorité de phase 2 multicentrique menée en double aveugle versus groupe contrôle a été réalisée auprès de patients de 18 ans ou plus hospitalisés pour un diagnostic clinique d’infection urinaire compliquée (avec ou sans pyélonéphrite) ou de pyélonéphrite aiguë non compliquée.
  • À l’inclusion, les patients étaient randomisés (2:1) entre l’injection de céfidérocol IV (2g sur 1 h) ou d’imipénème-cilastatine (1g/1g) toutes les 8 heures durant 7-14 jours, avec ajustement éventuel des doses sur la fonction rénale et/ou le poids.
  • L’analyse de l’efficacité a été menée en intention de traiter modifiée (ITTm, après exclusion des patients dont les données microbiologiques ne confirmaient pas la présence d’un germe urinaire Gram négatif ou dont le nombre à l’inclusion était inférieur à 1.10 5 CFU/mL.

Principaux résultats

  • Au total, 448 sujets ont été randomisés et traités (300 dans le groupe céfidérocol, 148 dans le groupe imipénème-cilastatine), parmi lesquels 252 et 119 ont respectivement été inclus dans l’analyse ITTm. Les deux groupes étaient constitués de 53-60% de femmes, avec 55% de 65 ans et plus, et 24% de 75 ans et plus.
  • Les principaux germes identifiés à l’inclusion étaient E. coli (60,3% dans le groupe céfidérocol, 66,4% dans le groupe imipénème-cilastatine), K. pneumoniae (respectivement 19,0 et 21,0%), puis P. aeruginosa (7,1 et 4,2%) avec des taux de résistance au céfipime compris entre 16 et 57% dans les différents groupes selon les germes et le groupe de randomisation.
  • La durée médiane de traitement était de 9,0 jours dans les deux groupes.
  • Lors du test de contrôle post-traitement (7 jours après la fin du traitement), le critère principal composite d’évaluation (réponse clinique et microbiologique) était de 73% dans le groupes céfidérocol et de 55 % dans le groupe imipénème-cilastatine, soit une différence entre groupes de 18,58%  [8,23-28,92] p=0·0004), satisfaisant à l’analyse de non-infériorité que la marge préspécifiée soit de 15% ou de 20%. L’analyse distincte des deux paramètres du critère principal montre que la réponse microbiologique est aussi statistiquement supérieure dans le bras expérimental, tandis que la réponse clinique est comparable dans le groupe expérimental, par rapport au groupe de référence.
  • Les analyses menées en sous-groupes selon le diagnostic clinique, l’âge, le sexe ou le résultat microbiologique confirmaient ces résultats.
  • Des évènements indésirables étaient rapportés par 41% et 51% respectivement des patients du groupe céfidérocol et du groupe imipénème-cilastatine. La plupart étaient légers à modérés, et touchaient principalement la sphère gastro-intestinale (diarrhée, constipation). Des évènements sérieux ont été rapportés pour 5% et 8% des patients de ces deux bras (colite à C. difficile principalement).

Principales limitations

Les patients infectés par des germes résistant aux carbapénèmes ont été exclus puisque le groupe contrôle était traité par imipénème

Financement

L’étude a été sponsorisée par Shionogi & Co Ltd.