Ce que l’on sait de l’impact cardiovasculaire des e-cigarettes

  • Buchanan ND & al.
  • Cardiovasc Res
  • 7 nov. 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

L’usage des e-cigarettes a explosé en une décennie, notamment parmi les adolescents et les jeunes adultes. Elles sont perçues comme étant à moindre risque que les cigarettes conventionnelles. La littérature rapporte pourtant de plus en plus de données relatives à l’impact cardiovasculaire aigu et chronique de ces produits. La revue Cardiovascular Research publie une revue en en synthétisant les risques.

Toxicité cardiovasculaire potentielle des e-cigarettes

Les e-liquides contiennent classiquement un mélange de propylène glycol et de glycérine associé à des arômes et différentes concentrations de nicotine (0-36 mg/mL). L’impact de cette dernière sur le système cardiovasculaire est déjà décrit. Par ailleurs, les arômes et les produits carbonylés issus de la décomposition thermique des différents composants (formaldéhyde, acétaldéhyde, acroléine) engendre un stress oxydatif et une inflammation qui peuvent accélérer le processus d’athérosclérose et favoriser l’activation des plaquettes et la diminution du temps de saignement selon des études cellulaires ou animales. Le formaldéhyde a aussi été décrit comme pouvant altérer le fonctionnement de la pompe cardiaque chez le rat. Les particules formées lors de la combustion ont été décrites comme possédant des propriétés inflammatoires au niveau pulmonaire et thrombogènes. Enfin, si la plupart des arômes utilisés, qui seraient plus de 7.000, sont réputés sûrs après ingestion, les données sont insuffisantes concernant leur inhalation chronique. Les études menées sur certains de ces arômes ont mis en évidence un effet cytotoxique et pro-inflammatoire au niveau pulmonaire.

Données épidémiologiques et expérimentales chez l’humain

D’une manière générale, les études sont peu nombreuses et leurs données sont disparates étant donné l’hétérogénéité des dispositifs d’inhalation utilisés, la nature du e-liquide, la durée et la quantité de liquide fumé. Cependant, il est possible de tirer un certain nombre d’éléments cliniques :

L’exposition aiguë favoriserait l’augmentation de la pression artérielle diastolique et systolique, qui semble toutefois moindre que celle liée au tabac. D’autres données suggèrent une tendance à l’activation sympathique cardiaque et une augmentation des marqueurs du stress oxydatif. Des données observationnelles suggèrent également que les fumeurs réguliers de e-cigarettes ont un risque d’infarctus du myocarde 1,79 fois supérieur aux non-utilisateurs, après ajustement sur la consommation potentielle de tabac.

Sur le plan de l’exposition chronique, plusieurs études cliniques sont disponibles et ont été menées chez des fumeurs : elles suggèrent pour la plupart que le passage aux e-cigarettes a une tendance à ne pas modifier ou à réduire les chiffres de pression artérielle, et pourrait aussi réduire la fréquence cardiaque. Cependant, les études sont rares et fondées sur des effectifs limités. Par ailleurs, leurs données ne peuvent être extrapolées à des sujets qui n’ont jamais été fumeurs, alors qu’ils constituent une part importante des consommateurs.

Des études cliniques sont véritablement nécessaires pour asseoir ces premières observations. Elles ne devront pas oublier de prendre en compte l’impact des arômes qui n’ont pas été intégrés comme une variable dans la plupart des études jusqu’à présent.