Cardiopathies congénitales : on découvre des anomalies autres que cardiovasculaires sur l’angioscanner thoracique

  • Dr Philippe Tellier

  • JIM Actualités médicales
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Face à une cardiopathie congénitale du sujet jeune, qu'elle soit connue ou simplement soupçonnée, l'angioscanner thoracique (AST) est de plus en plus considéré comme un examen incontournable qui vient compléter l'échocardiographie qui, pour sa part, est l'exploration de première intention. Cette dernière n'est pas suffisante pour aboutir à un bilan exhaustif de cardiopathies volontiers complexes pour lesquelles une indication chirurgicale sera souvent posée. L'AST donne, bien sûr, des informations précises sur les structures cardiovasculaires, mais il permet aussi d'explorer l'ensemble du thorax et de déceler, par exemple, des anomalies du parenchyme pulmonaire ou du médiastin. Il donne aussi accès à certains organes abdominaux, tout au moins ceux qui entrent dans le champ étudié. L'inspection de toutes ces structures qui sortent de la région d'intérêt stricto sensu n'est pas à négliger, car leurs anomalies potentielles peuvent avoir un impact clinique important et, dans certains cas précis, modifier quelque peu la stratégie thérapeutique initiale ou le suivi postopératoire. Ces remarques valent aussi bien pour le nourrisson que pour l'enfant et l'adolescent, cela va de soi.

Une étude transversale réalisée dans un centre pédiatrique spécialisé non universitaire permet de se faire une idée de cette problématique. En l'espace de 28 mois, 300 sujets jeunes (dont 170 de sexe masculin, âge moyen, 7,1 ans ; extrêmes, 6 heures- 26 ans) ont subi un AST, en raison d'une cardiopathie congénitale connue ou suspectée sur un faisceau d'arguments cliniques et échographiques. Dans un peu plus de la moitié des cas (n = 169), l'exploration a été effectuée peu après l'intervention correctrice ou à distance de cette dernière. Tous les examens ont été relus rétrospectivement par des experts du domaine. Les anomalies autres que celle de l'appareil cardiovasculaire ont été colligées et classées en fonction de l'organe concerné, de la cardiopathie congénitale sous-jacente et des modalités de l'éventuelle intervention chirurgicale. La revue des observations médicales a en outre permis de rechercher une possible corrélation avec le pronostic ultérieur.

Des anomalies cliniquement significatives dans les trois quarts des cas

Au total, des anomalies non cardiovasculaires, au nombre de 857, ont été identifiées dans 83 % des cas (250/300). Chez 221 patients (73, 7 %), 813 de ces dernières ont été considérées comme cliniquement significatives. En revanche, chez 29 patients sur 300 (9,7 %), 5,1 % (44/857) de ces anomalies ont été jugées négligeables d'un point de vue clinique. Chez 38,3 % des patients (115/300) atteints d'une pathologie non cardiovasculaire significative, les découvertes de l'AST ont été une surprise. Elles n'en ont pas moins eu un impact direct sur la prise en charge de la maladie, les organes les plus souvent incriminés étant les suivants : (1) poumons : 280 anomalies chez 176 patients sur 300 (58,7 %) ; (2) voies aériennes : 139 (103/300 ; 34,3 %) ; (3) foie : 108 (72/300 ; 24,0 %). Des associations syndromiques combinant plusieurs des anomalies évoquées ont concerné plus d'un patient sur cinq (66/300 ; 22 %).

De cette étude transversale, il ressort que chez les sujets jeunes atteints d'une cardiopathie congénitale connue ou probable, l'AST découvre fréquemment des anomalies siégeant ailleurs que dans le système cardiovasculaire. Cinq patients sur six seraient concernés et dans trois quarts des cas, ces anomalies sont considérées comme cliniquement significatives. Dans presque 40 % des cas, si elles sont une surprise, elles n'en auront pas moins un impact direct sur la prise en charge thérapeutique. C'est souligner l'importance de leur identification au travers d'une lecture attentive de l'AST.