Caractéristiques et diagnostic des TDAH chez l’adulte

  • Weibel S & al.
  • Encephale
  • 11 oct. 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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Les troubles de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) représentent une pathologie fréquente qui concerne 5% des enfants et qui se poursuit ou apparaît chez 30 à 60% des adultes, soit 2% à 4% de la population. Pourtant la reconnaissance et la prise en charge de ces troubles restent encore peu développées en France au regard de nos voisins européens et une large part des adultes concernés ne sont diagnostiqués que bien après l’adolescence. Un article paru dans Encéphale en octobre 2019 fait le point sur les spécificités, les comorbidités, et le diagnostic de ces troubles. 

TDAH, un tableau clinique complexe chez l’adulte

Le TDAH se caractérise chez l’adulte par la triade de symptômes associant à divers degrés inattention, hyperactivité et impulsivité. Si une amélioration de l’hyperactivité et de l’impulsivité est fréquemment observée sur la durée, le déficit attentionnel persiste le plus souvent sous différentes formes : difficulté à se concentrer, en particulier pour les tâches demandant un effort mental plus important, mais aussi fluctuation de l’attention, avec des états d’hyperfocalisation. Rêverie diurne, pensées vagabondes, charge mentale importante sans qu’il y ait forcément d’émotions négatives associées ou de lien direct avec l’activité en cours, sont également présentes. L’hyperactivité se transforme chez l’adulte en une agitation d’idées difficiles à contrôler, un besoin de s’affairer sans cesse, une difficulté à s’arrêter et à refuser les sollicitations, etc. L’impulsivité, quant à elle, se traduit par une impossibilité à attendre ou à laisser parler les autres, ce qui peut conduire à des difficultés professionnelles, relationnelles ou encore à des comportements à risque. Des difficultés d’ordre organisationnel (planification, hiérarchisation des tâches, etc.) ou émotionnel (hyperréactivité, crises d’angoisses, irritabilité, etc.) sont fréquemment présentes et peuvent occasionner des comportements de compensation inadaptés. Si bien que les personnes souffrant de TDAH ont souvent un niveau scolaire et socio-professionnel plus bas, et une vie familiale plus instable que les sujets non atteints. 

Diagnostic : quels sont les outils les plus utilisés ?

Le diagnostic du TDAH repose sur les critères du DSM-5. L’évaluation recherche la présence de symptômes avant l’âge de 12 ans (prenant en compte les retours de la famille et de l’école), la présence de symptômes au cours des 6 derniers mois en évaluant leur impact fonctionnel, et enfin la recherche de comorbidités médicales et psychiatriques. L’outil le plus couramment utilisé à cet effet dans le cadre d’entretiens semi-structurés est l’échelle Adult ADHD Self-Report V1.1 (ASRS V.1.1), dont la dernière version a été validée en français. L’échelle d’évaluation Wender Utah également validée en français donne aussi de bons résultats. Cependant, la présence fréquente de comorbidités associant des symptômes communs peut rendre le diagnostic difficile. Et l’usage de l’échelle ASRS V1.1 peut par exemple conduire à des faux positifs chez les sujets souffrant de troubles bipolaires, de la personnalité ou de dépression majeure. Il est alors nécessaire de retracer la chronologie de survenue et d’évolution des symptômes de TDAH et d’autres troubles psychiatriques pour faire la part des choses.

Diagnostics différentiels du TDAH

Les sujets souffrant de TDAH étant plus exposés aux événements stressants du fait de leur pathologie et plus sujets à une perte d’estime d’eux-mêmes, nombre d’entre eux souffrent de dépression majeure (20%, avec un risque suicidaire plus élevé), de troubles bipolaires (20% également) et de troubles anxiodépressifs (plus de la moitié des patients adultes sont concernés). Ces comorbidités peuvent masquer le TDAH et retarder le diagnostic. Dysrégulation thymique et impulsivité sont des symptômes communs aux TDAH et aux troubles bipolaires (TB), mais avec une évolution continue dans le premier cas et plus épisodique dans le second.

En plus de l’exploration de l’histoire personnelle et familiale du patient, la recherche de symptômes propres aux TB (insomnies sans fatigue, symptômes psychotiques par exemple) peut aider au diagnostic différentiel. Les comportements addictifs sont aussi fortement associés aux TDAH (tabac, alcool, abus de substances) car ils représentent une forme d’automédication, de même que les troubles alimentaires (boulimie, hyperphagie, anorexie). Les psychostimulants pourraient apporter un bénéfice dans ces situations et sont utilisés par certains patients.

Autres comorbidités psychiatriques fréquentes chez les sujets atteints de TDAH, les troubles de la personnalité (10 à 75%), en particulier les personnalités borderlines chez les femmes et narcissiques chez les hommes. Dans ce cas, le traitement du TDAH peut améliorer l’effet de la psychothérapie. Des troubles du sommeil (insomnie, syndromes des jambes sans repos, hypersomnie) sont présents dans 60% à 80% des cas de TDAH. Ils contribuent à en aggraver les symptômes, favorisent la survenue d’autres troubles psychiatriques et métaboliques et peuvent impacter la vigilance diurne, avec les problématiques de sécurité que cela soulève. Enfin, des troubles « dys » sont particulièrement fréquents et identifiés durant l’enfance des sujets  TDAH. Il faut également noter que le DSM-5 reconnaît maintenant la possibilité d’un diagnostic conjoint d’un trouble du spectre autistique et de TDAH et avec elle, celle d’un traitement par le méthylphénidate.