Cancers solides et COVID-19 : les recommandations du HCSP


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Aude Lecrubier

20 mars 2020

France—Les patients atteints de cancer sont parmi les groupes de patients les plus vulnérables au Covid-19. Dans ce contexte le Haut Comité de la Santé Publique (HCSP) a émis des recommandations à destination des oncologues le 15 mars dernier1. Elles préconisent la sanctuarisation des services d’oncologie et de radiothérapie. Est-ce encore réaliste? Commenté par le Dr Manuel Rodrigues (oncologue à l’institut Curie, président de la Société Française du Cancer).

Des patients à haut risque

En préambule, le HCSP rappelle que sur la base de l’expérience chinoise récente2, le taux d’infection au Covid-19 est plus important chez des patients atteints de cancer que dans la population globale (1% vs 0,29%) même si cela pourrait être expliqué par une surveillance médicale plus marquée chez ces patients.

Il ajoute que de façon plus préoccupante, parmi les patients infectés, le risque de faire des complications respiratoires sévères imposant une prise en charge en réanimation est plus élevé chez les patients atteints de cancers que chez des patients non atteints de cancers (39% vs 8%, P=0,0003). Un critère pronostique important pour le risque de développer des complications respiratoires sévères est un antécédent de chimiothérapie ou chirurgie dans les mois qui précédent (OR = 5.34, P= 0.0026).

Enfin, la vitesse de détérioration respiratoire est plus rapide chez les patients atteints de cancer 13 vs 43 jours, HR = 3,56, IC 95% [1,65-7,69]).

Sanctuariser les services ?

« Au total, les patients atteints de cancers solides, et en particulier ceux traités récemment par chirurgie ou chimiothérapie dans les mois qui précédaient étaient plus à risque que la population globale de développer rapidement des formes sévères létales du virus. Ils doivent donc être le plus possible tenus à distance du risque d’infection », indique en substance le HCSP.

Selon le HCSP, la règle générale est donc « des services à sanctuariser ! » :

  • Les services d’oncologie médicale et de radiothérapie ne doivent pas accueillir de patients infectés par le COVID-19 qu’ils soient atteints de cancer ou non ;

  • Les services d’oncologie médicale et de radiothérapie ne devraient pas accueillir de patients présentant des symptômes faisant suspecter une infection par le COVID-19.

  • Si une prise en charge de patients infectés par le COVID-19 était indispensable, un isolement de ceux-ci dans des secteurs spécifiques serait nécessaire.

Interrogé sur cette question, le Dr Manuel Rodrigues (oncologue à l’institut Curie, président de la Société Française du Cancer) commente : « Dans les régions fortement touchées par l’épidémie, il y a déjà des malades Covid-19 dans les services. Il est désormais impossible de sanctuariser. Il faut réfléchir vite à comment protéger les patients, les soignants. Sans compter les problèmes éthiques qui se vont poser concernant les places en réanimation pour ces malades qui vont être très graves, très vite, mais aussi sur l’accompagnement des malades et de leur famille. Enfin, nous allons devoir identifier clairement quels soins peuvent être reportés, avec des dégradations de protocoles, un manque de produits sanguins… »

Il y a déjà des malades Covid-19 dans les services. Il est désormais impossible de sanctuariser. Dr Manuel Rodrigues

Hiérarchisation des soins

Sur la question de la hiérarchisation en matière de soins, le HCSP indique que « la hiérarchisation dans le choix des patients à prendre charge devra intégrer la nature de la stratégie thérapeutique (curative versus palliative), l’âge des patients, l’espérance de vie probable, et le caractère récent ou non du diagnostic ».

La priorisation pourrait suivre l’ordre décroissant suivant :

  1. Patients atteints de cancers dont la stratégie thérapeutique est curative, en privilégiant les patients

  2. Patients atteints de cancers dont la stratégie thérapeutique est palliative d’âge jeune (

  3. Patients atteints de cancers dont la stratégie thérapeutique est palliative en début de prise en charge (1ère ligne thérapeutique) ;

  4. Les autres patients atteints de cancers dont la stratégie thérapeutique est palliative.

Pour limiter l’utilisation des passages hospitaliers, le recours aux traitements oraux, les administrations à domicile, voire les pauses thérapeutiques doivent être privilégiés chez les patients en traitement non-curatif.

Patients atteints de cancers infectés par le virus

Concernant les patients infectés, sauf exception, les traitements oncologiques devront être arrêtés le temps de la prise en charge de l’infection virale.

Si une hospitalisation est nécessaire, les patients seront pris en charge dans d’autres services de médecine impliqués dans la lutte contre le virus. Ils devront être prioritaires puisqu’ils sont plus à risque de développer des formes graves du virus.

Membres du groupe de travail des recommandations

  • Coordonnateur : Prof Benoit YOU (CHU de Lyon, HCL)

  • Dr Anne CANIVET (CLCC François Baclesse, Caen)

  • Dr Thomas GRELLETY (Centre Hospitalier de la Côte Basque, Bayonne)

  • Dr Gérard GANEM (Centres Privés de l’Ouest)

  • Dr Laure KALUZINSKI (CHG de Cherbourg)

  • Pr Ivan KRAKOWSKI (ex CLCC Institut Bergonié Bordeaux, AFSOS)

  • Pr Jean-Pierre LOTZ (CHU Paris, APHP)

  • Dr Didier MAYEUR (CLCC GF Leclerc, Dijon, AFSOS)

  • Pr Alain RAVAUD (CHU de Bordeaux)

  • Pr Rosine GUIMBAUD (CHU de Toulouse)

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