Cancers gastro-intestinaux avancés : quelles sont les raisons réelles de l’arrêt des traitements ?


  • Nathalie Barrès
  • Actualités médicales
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À retenir

  • Avec ou sans progression du cancer, la principale cause d’arrêt d’un traitement de chimiothérapie chez des sujets souffrant de cancers gastro-intestinaux à un stade avancé est la dégradation de l’état général du patient, et la seconde la survenue d’une jaunisse ou d’une occlusion.
  • Environ la moitié des patients ne bénéficient pas d’un suivi par une équipe de soins palliatifs au moment de l’arrêt de la chimiothérapie.
  • Le délai médian entre l’arrêt de la chimiothérapie et le décès était de 65 jours dans cette étude. La survenue de complications peut en partie expliquer ce délais relativement court par rapport à d’autres situations oncologiques.

Pourquoi ces résultats sont intéressants ?

La chimiothérapie peut à elle seule altérer l’état général du patient et le contrôle de la maladie. De fait, son maintien ne constitue pas un objectif ultime à un stade avancé. Par ailleurs, ces données montrent que la mise en route d’un accompagnement par une équipe de soins palliatifs ne concerne que la moitié des patients. Or, il est admis que son intervention précoce conduit généralement à des soins moins agressifs en fin de vie. La réalisation systématique d’une réunion multidisciplinaire de soins palliatifs au moment de la décision d’arrêt de traitement par chimiothérapie pourrait favoriser la mise en place précoce de soins adaptés. Malheureusement, cette étude révèle qu’une réunion de ce type n’est réalisée que dans 15,8% des cas dans le contexte décrit.

Méthodologie

Cette étude multicentrique française a inclus des patients souffrant d’un cancer gastro-intestinal à un stade avancé chez qui le traitement par chimiothérapie avait été arrêté entre mai 2016 et janvier 2018.

Principaux résultats

Au total quinze prescripteurs (5 femmes, âge moyen 36 ans) exerçant au sein de cinq hôpitaux universitaires et d’un hôpital général ont inclus 114 patients (âge moyen 67 ans, 53% d’hommes, 76% avaient un score ECOG de 3 ou 4 et pour 92,1% leur famille était présente). Parmi les patients inclus, 33% avaient un cancer colorectal, 29,8% un cancer pancréatique, 15,8% un cancer gastrique, 12,3% un cholangiocarcinome, 5,3% un cancer de l’œsophage. En moyenne, 1,9 sites métastatiques étaient identifiés par patient. Dans plus de 50% des cas la tumeur était faiblement ou modérément différenciée.

  • La première cause d’arrêt de traitement de chimiothérapie (38,5% des cas) était la dégradation de l’état général (asthénie, cachexie), la seconde les complications (sepsis, jaunisse ou occlusion dans 14,7% des cas), et la troisième et quatrième causes étaient, à part égale (10,1%), la volonté du patient et la toxicité des traitements.
  • Dans près des trois quarts des cas (74,1%), l’annonce était faite formellement. Le délai médian entre le dernier traitement par chimiothérapie et l’annonce était de 41,6 jours lorsque l’annonce était réalisée en consultation (pour un tiers des patients environ), et de 19 jours lorsque l’annonce était réalisée en hospitalisation (60% des patients environ).
  • Dans 50% des cas, un suivi par une équipe de soins palliatifs était initié.
  • 69% des patients avaient reçu une chimiothérapie durant les trois derniers mois de vie, et 26% durant le dernier mois. Le délais médian entre l’arrêt de la chimiothérapie et le décès était de 93 jours pour les premiers et 65 jours pour les seconds.
  • 44% des sujets sont décédés à l’hôpital, 39% en unité de soins palliatifs et 16% à leur domicile.

Limitations

Étude porte sur un faible effectif de patients.