Cancers en 2016 : de sérieux progrès, des insuffisances

L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. Inscrivez-vous gratuitement
L’Institut National du Cancer (INCA) a publié les principaux chiffres relatifs aux cancers arrêtés en 2016. Plusieurs données témoignent de progrès substantiels. Ainsi, entre 2005 et 2012, le taux d’incidence a baissé de 1,3 % par an chez les hommes, essentiellement par baisse de celui lié au cancer de la prostate. Chez les femmes, la progression de ce taux a ralenti : 0,2 %, au lieu de 1,6 % entre 1980 et 2005, en lien avec la baisse de l’incidence du cancer du sein. Pour 2015, l’estimation des nouveaux cas est de 385 000, dont 211 000 chez les hommes et 174 000 chez les femmes.
Entre 1980 et 2012, le taux de mortalité a baissé chez les hommes de 1,5 % par an, avec une accélération depuis 2005 (2,9 %), et de 1 % par an chez les femmes, avec aussi une accélération depuis 2005 (1,4 %). En 2015, le nombre de décès par cancers est estimé à 84 000 chez les hommes, les principaux responsables étant le poumon, puis le côlon-rectum et la prostate. Chez les femmes, ce nombre est de 65 000, le cancer du sein venant toujours en tête, suivi par ceux du poumon et du côlon-rectum. Au total, en 2008, 3 millions de personnes de plus de 15 ans et toujours en vie avaient eu un cancer au cours de leur existence.
Parmi les nombreuses données disponibles dans le rapport, on note les énormes progrès qu’il reste à faire pour le dépistage. Le taux de participation pour le dépistage organisé du cancer du sein reste un peu au-dessus de la moitié de la population éligible (51,5 % en 2015). Celui du cancer colo-rectal ne s’élève pas à plus de 29,8 % en 2014 (31,5 % chez les femmes). Celui du cancer du col de l’utérus (CCU) ne dépasse pas 61 %. Le rapport y consacre d’ailleurs un volet spécial, en faisant remarquer que toutes les stratégies de dépistage organisé sont efficaces, même si certaines le sont plus que d’autres. Il préconise un ciblage sur les populations jusque là les moins sollicitées : les femmes ayant un moindre recours au système de santé, celles en ALD ou en invalidité et celles ayant des caractéristiques socio-économiques défavorables. Il se félicite du lancement du Programme national de dépistage organisé du cancer du CCU, qui tient compte de ses préconisations et devrait être généralisé en 2018.
Les métiers de la cancérologie sont en progression numérique : depuis 2013, 23 % pour les oncologues médicaux (au nombre de 973), plus de 10 % pour les radiothérapeutes (860) et 9 % pour les anatomo-pathologistes (1 633). Le nombre de dossiers enregistrés en RCP (réunions de concertation pluridisciplinaire) a triplé entre 2005 et 2015 et celui des programmes personnalisés de soins a doublé dans la même période. Au total, la cancérologie représente près d’un quart de l’activité hospitalière globale en court séjour, avec près de 6,8 millions d’hospitalisations en 2015, représentant une dépense de 5,8 milliards d’euros.
Enfin, le rapport signale que le cancer s’accompagne d’une augmentation de la proportion des personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté et d’une dégradation de la situation professionnelle des malades.

Dr Serge Cannasse