Cancers digestifs et recherche du ganglion sentinelle, où en est-on ?

  • Faron M & al.
  • Bull Cancer
  • 15 oct. 2019

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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Certes, la plupart des tumeurs digestives se disséminent par le système lymphatique. Et pourtant, contrairement au cancer mammaire et au mélanome, la recherche du ganglion sentinelle est très peu pratiquée chez les sujets atteints de cancer digestif. Deux experts de l’institut Gustave Roussy ont réalisé une revue de la littérature sur la recherche du ganglion sentinelle dans les cancers digestifs, et nous aident à comprendre les limites de cette technique.

Qu’est-ce que le ganglion sentinelle ?

Il s’agit du premier ganglion à recevoir le flux lymphatique provenant de la tumeur. Or, contrairement aux membres, le flux lymphatique n’est pas toujours unidirectionnel au niveau des organes digestifs. Par ailleurs, compte tenu de la structure des organes et du méso – structure de passage des éléments vasculaires, nerveux et lymphatiques – il est difficile de réaliser un curage sans sacrifier une portion de l’organe.

Le dépistage précoce – parfois avant diffusion ganglionnaire – et l’amélioration des techniques d’endoscopie interventionnelle donnent de l’intérêt à la recherche du ganglion sentinelle qui, s’il confirme l’absence d’extension ganglionnaire, permet la conservation de l’organe. 

Cancer de l’estomac : l’approche japonaise

En Europe, la prise en charge standard d’un cancer de l’estomac associe une gastrectomie totale ou subtotale et un curage ganglionnaire étendu. La morbidité postopératoire et les conséquences fonctionnelles sont importantes. Au Japon, compte tenu de sa forte prévalence, un programme national de dépistage des cancers gastriques a été mis en place. La société japonaise de gastroentérologie et d’endoscopie définit ces cancers comme limités à la muqueuse ou à la sous-muqueuse. Le risque d’envahissement ganglionnaire serait estimé à 3,2% pour les premiers cas et à 19,2% lorsque la sous-muqueuse est touchée. La recherche du ganglion sentinelle est réalisée par double marquage isotopique et colorant injecté en péri-tumoral (taux d’identification 97%, sensibilité 89%). Les résultats oncologiques à long terme de la gastrectomie radicale avec curage et de la gastrectomie conservatrice avec ganglion sentinelle sont en cours d’évaluation.

Autres cancers digestifs qui pourraient bénéficier de la recherche du ganglion sentinelle

Dans le cas du cancer du rectum, l’exérèse conduit à une forte altération de la qualité de vie. Ainsi, la préservation de cet organe si son exérèse n’est pas indispensable est importante, ce qui est le cas notamment des petites tumeurs limitées à la muqueuse ou sous-muqueuse. Pour celles-ci, le risque d’envahissement ganglionnaire varie entre 1% et 20%. La combinaison d’une exérèse chirurgicale par voie trans-anale et d’un prélèvement de mésorectum guidé pourrait se développer même si cette technique reste aujourd’hui encore confidentielle. 

Pour le cancer colorectal, la recherche du ganglion sentinelle pourrait permettre d’identifier le ou les ganglions nécessitant une surveillance spécifique. Cependant, les études menées sur le sujet ne permettent pas de confirmer l’intérêt de la recherche du ganglion sentinelle chez les sujets souffrant de ce cancer.

Ainsi, même si la recherche du ganglion sentinelle semble prometteuse dans les cancers du rectum et de l’estomac à un stade précoce, cette approche n’est encore recommandée pour aucun cancer digestif en Europe.