Cancer hépatocellulaire lié à l’alcool et à l’hépatite C : des différences sur le territoire français ?

  • Dig Dis Sci

  • Par Nathalie Barrès
  • Actualités médicales
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À retenir 

  • D’importantes disparités en termes d’incidence et de recours à un traitement curatif ont été mises en évidence entre les différentes régions françaises pour les carcinomes hépatocellulaires (CHC) d’origine alcoolique ou consécutif à une hépatite C.
  • La Bretagne, le Nord-Pas de Calais et les Pays de la Loire sont les régions où l’incidence du CHC d’origine alcoolique est la plus forte (8 fois plus importante par rapport au CHC d’origine viral). Malgré cela, les patients souffrant de CHC d'origine alcoolique auraient moins de chance de bénéficier d'un traitement curatif en région Nord-Pas de Calais et Bretagne.
  • Le recours à un traitement curatif est associé à une meilleure survie, mais celui-ci reste beaucoup plus fréquent lorsque l’origine du cancer est virale, qu’alcoolique.

Pourquoi cette étude est intéressante ?

En France, environ 8.000 personnes décèdent d’un CHC chaque année. Si au niveau mondial, les infections par le virus de l’hépatite B et C sont les deux principales causes de cancer hépatocellulaire, en France, c'est l’alcool qui constitue la première cause. Même s’il existe quelques données, aucune étude n’avait jusqu’à présent évalué sur l’ensemble du territoire l’incidence, la prise en charge et le pronostic de ces cancers en fonction de l’étiologie. 

Méthodologie

Il s’agit d’une étude rétrospective basée sur les données de l’Assurance Maladie enregistrées entre 2009 et 2012 par le système PMSI (Programme de médicalisation des systèmes de soins). 

Principaux résultats

Au total, 14.060 cas de CHC d’origine alcoolique et 2.581 cas de CHC liés à une hépatite C ont été inclus sur la période de l’étude. Les cas d’hépatite liés à l’alcool étaient beaucoup plus fréquents que ceux liés à l’infection virale (respectivement 29,4 et 5,4 cas/100.000 adultes par an). La distribution s’est révélée être très hétérogène sur le territoire. L’étiologie alcoolique était plus importante dans le Nord et l’Ouest : Nord-Pas de Calais (96% des cas diagnostiqués étaient liés à l’alcool), en Pays de Loire (95%) et en Bretagne (94,5%).

Par rapport aux patients qui avaient un CHC d’origine viral, ceux qui avaient un CHC d’origine alcoolique étaient globalement plus jeunes (66,9 vs 68,1 ans), plus susceptibles d’être des hommes (88,8% vs 62,0%), d’avoir une cirrhose sous-jacente (95,7% vs 85,2%), des propagations extra-hépatiques au moment du diagnostic et des comorbidités (cardiopathie chronique, diabète, obésité, hypertension artérielle 61,9% vs 55,3%) que les autres.

Un patient souffrant d’un cancer d’origine viral était plus susceptible de bénéficier d’un traitement curatif (35,9% vs 20,5%) quel qu’il soit : chirurgical, ablation percutanée, transplantation. De fortes disparités ont été mises en évidence en fonction des régions en ce qui concerne la prise en charge curative pour un même facteur de risque (alcool ou virus). En région Bretagne et Nord-Pas de Calais les patients ayant un CHC d’origine alcoolique avaient moins de chances de bénéficier d’un traitement curatif. Ces mêmes patients étaient moins susceptibles d’être pris en charge par un CHU, or les analyses montrent que ceux qui étaient pris en charge par ces structures avaient plus de chance de recevoir un traitement curatif.

Les patients ayant un CHC d’origine alcoolique avaient une survie globale médiane de 9,4 mois alors qu’elle était de 17,0 mois lorsque l’origine était virale. En analyses multivariées, le fait de recevoir un traitement curatif était le facteur prédictif de survie le plus important. Et le fait d’avoir une prise en charge dans un centre hospitalier universitaire favorisait les chances de recevoir un traitement curatif.