Cancer gastro-oesophagien : la sarcopénie comme critère décisionnel malgré un programme de renutrition

  • de Mathelin P & al.
  • Eur J Surg Oncol

  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Chez des patients atteints d’adénocarcinome de la jonction oesogastrique (JOG) une étude montre que 23% des patients éligibles à un traitement chirurgical seraient atteints de sarcopénie après le traitement pré-opératoire par chimiothérapie.
  • L’âge >65 ans et l’IMC≥25kg/m2 ont été identifiés comme deux facteurs de risque indépendants de survenue d’une sarcopénie.
  • La mise en place d’une alimentation par jéjunostomie diminuerait le risque de sarcopénie.
  • La sarcopénie influencerait négativement la survie globale du patient, mais pas la survie maladie. 

Pourquoi est-ce important ?

La survie à 5 ans post-diagnostic d’un adénocarcinome de la JOG reste faible, au-dessous de 30%. Les tumeurs situées à la jonction oesogastrique sont parmi celles qui sont les plus souvent associées à la malnutrition car la tumeur elle-même peut induire une anorexie ou un mécanisme obstructif qui détériore l’état nutritionnel du patient. Par ailleurs, certains traitements par chimiothérapie sont associés à un risque d’effets indésirables gastro-intestinaux qui contribuent à la détérioration de l’état nutritionnel de l’individu. Il est admis que la sarcopénie est un facteur pronostique négatif après le traitement chirurgical de plusieurs cancers (colorectal, pancréatique, hépatique, gastrique). L’origine exacte de la sarcopénie reste encore largement débattue, notamment parce qu’elle n’est pas totalement réversible avec des compléments nutritionnels et qu’elle peut être induite par les traitements du cancer.

Méthodologie

L’objectif de cette étude prospective monocentrique était d’étudier l’impact du soutien nutritionnel par jéjunostomie sur l’apparition d’une sarcopénie (déterminée par les valeurs seuils de la section musculaire totale). Cette étude avait également pour objectif d’observer la façon dont la sarcopénie peut affecter les résultats postopératoires à court terme et la survie à long terme chez des patients ayant reçu un diagnostic d’adénocarcinome de la JOG entre janvier 2007 et décembre 2017 à l’hôpital universitaire de Strasbourg.

Principaux résultats

Au global, 124 patients étaient éligibles pour les analyses. Parmi eux, 91 (74%) ont subi une chimiothérapie, puis une chirurgie. Les autres sujets ont servi de sujets contrôles. Ces derniers avaient une maladie métastatique au moment du diagnostic ou une maladie qui avait progressé durant le traitement néoadjuvant par chimiothérapie. Parmi ceux ayant bénéficié d’une chirurgie, 79% ont reçu une alimentation par jéjunostomie avant et après l’intervention.

Sur l’ensemble des patients opérés, 14% étaient déjà atteints de sarcopénie avant l’opération, 23% l’étaient après la chimiothérapie pré-opératoire (61,9% ayant reçu une jéjunostomie et 38,1% sans). Les patients atteints de sarcopénie avaient tendance à être plus âgés et à avoir un indice de masse corporelle plus important que les autres.

La durée moyenne du suivi était de 37 mois. Les analyses multivariées ont montré que la jéjunostomie était un facteur protecteur de la sarcopénie. Globalement, la survie était significativement différente entre ceux qui étaient atteints de sarcopénie et les autres (médiane de survie 33,7 mois versus 58,6 mois, p=0,04).

La présence d’une sarcopénie après la chimiothérapie préchirurgicale était un facteur de risque de diminution de la survie globale : hazard ratio (HR) 3,02 [1,55-5,9], p<0,005). Le stade du cancer était également un facteur de risque négatif de la survie du patient (HR 5,03 [2,48-10,20]). En revanche, ni l’âge>65 ans, ni l’IMC≥25kg/m2 n’ont été identifiés comme des facteurs impactant la survie.

Les analyses en sous-groupes n’ont montré aucune différence significative sur la survie globale entre les patients qui présentaient une sarcopénie malgré la prise en charge nutritionnelle et les patients exclus de la chirurgie pour cause de progression de leur maladie ou de maladie métastatique : survie médiane 21,9 versus 17,2 mois, p=0,46.