Cancer et VIH : épidémiologie, dépistage, prise en charge


  • Caroline Guignot
  • Actualités Médicales
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Le Bulletin du Cancer publie une mise au point sur les données relatives aux personnes vivant avec le VIH (PVVIH) et atteintes de cancer. Le succès des thérapeutiques hautement actives antirétrovirales (HAART) a permis aux personnes vivant avec le VIH (PVVIH) de prolonger leur espérance de vieillir et de chroniciser l’infection. Cette évolution est allée de pair avec une modification des chiffres relatifs au cancer dans cette population : depuis les années 1990, la fréquence des cancers classant SIDA a diminué tandis que celle des cancers non classant a augmenté, survenant généralement à un âge plus précoce.

Un risque de cancer entre 1,16 et 1,70 fois celui de la population générale

Certains paramètres propres à l’infection influencent ce risque (charge virale, immunodépression, co-infection, expositions à des toxiques). Pris globalement, le risque des PVVIH vis-à-vis du carcinome du canal anal, de la maladie de Hodgkin, du carcinome hépatocellulaire (sujets co-infectés VHB) et des carcinomes bronchopulmonaires apparaît bien multiplié par 2 à 5 par rapport au reste de la population, même si certains sont, à l’inverse, moins répandus parmi eux (sein, prostate, colorectal).

Cinq démarches de dépistage à adapter

Du fait du sur-risque rencontré par la population des PVVIH, les recommandations en matière de dépistage sont adaptées pour un certain nombre de cancers :

- cancer du col utérin : dépistage par frottis au diagnostic du VIH, cytologie annuelle pendant 3 ans, basculant à un frottis tous les 3 ans en l’absence d’anomalie si la charge virale est contrôlée et le taux de CD4>500/mm 3 .

- cancer anal : dépistage au moins annuel en cas d’anomalie du col utérin ou d’antécédent de condylome, à une fréquence adaptée à la nature de l’anomalie. Dépistage systématique et au moins tous les deux ans chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH)

- carcinome spinocellulaire et basocellulaire : dépistage annuel.

- cancer du foie chez les patients co-infectés VHB : dépistage tous les 3-6 mois en cas de cirrhose et tous les 6 mois en cas de facteurs de risque (charge virale VHB >2.000 UI/mL, origine ethnique, antécédents familiaux, âge).

Concernant les autres cancers, il n’y a pas de spécificités particulières par rapport au reste de la population générale.

Traitement et stratégie thérapeutique

La stratégie thérapeutique d’un cancer demande à prendre d’importantes précautions étant donné les interactions pharmacodynamiques qui existent entre les antitumoraux et les antirétroviraux, et qui exposent à des risques de complications cardiaques, rénales, neurologiques, hématologiques et rénales. Ces difficultés passent notamment par l’interaction des molécules via des voies métaboliques communes ou par leur influence sur les enzymes du métabolisme ou du transport.

Si les essais cliniques pivots conduits avec les inhibiteurs des checkpoints immunitaires ont exclu les PVVIH, les données rétrospectives concernant leur utilisation dans la lutte antitumorale sont rassurantes, tant sur le plan de l’efficacité que de la tolérance.

Le réseau français CANCERVIH, constitué en 2014, propose une Réunion de Concertation Pluridisciplinaire (RCP) auprès de laquelle tout praticien peut demander une expertise , afin d’optimiser la prise en charge oncologique.