Cancer et nutrition : regards croisés des patients, des proches et des médecins


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Un article publié dans Le bulletin du Cancer en 2017 indique que le lien statistiquement indépendant entre dénutrition et pronostic, clairement démontré dans le domaine de l’oncologie, est insuffisamment connu des médecins, qui sous-estiment également l’importance de la prise en charge nutritionnelle et l’intérêt d’un dépistage précoce. Si la détection tardive de la dénutrition est délétère pour le pronostic du patient, un dépistage et une prise en charge précoces ont un impact positif sur la morbidité et sur la toxicité des traitements.

Qu’est-ce que l’enquête NutriCancer2012 ?

Cette étude multicentrique (283 services hospitaliers français), transversale a été conduite sur un seul jour auprès de 2.209 patients adultes ayant reçu un diagnostic de cancer quel que soit le stade. Cent quatre-vingt-treize questionnaires médecins, 2.071 questionnaires patients et 976 questionnaires proches ont été analysés. L’enquête NutriCancer2012 nous aide à mieux saisir la perception des patients, des proches et des médecins sur la prise en charge nutritionnelle en oncologie.

Que pensent les patients et des proches ?

Manger est avant tout un plaisir ! En effet, 74% des patients déclaraient que manger était une source de plaisir et 73% que bien manger était important pour eux. Les réponses des proches étaient similaires.

Les patients et les proches n’avaient une très bonne connaissance des recommandations alimentaires de prévention primaire. En effet, seuls 26% des patients et 34% des proches étaient d’accord avec la recommandation « Manger cinq fruits et légumes par jour permet de prévenir le cancer. » Vingt-neuf pourcents des patients déclaraient avoir l’impression d’avoir perdu beaucoup de poids depuis le début de leur maladie, et 19% reliaient la dégradation de leur état nutritionnel à leur fatigue ou moral. Près d’un tiers (31%) considéraient la prise en charge nutritionnelle comme un confort.

Quelle est la perception des médecins sur la prise en charge nutritionnelle ?

La quasi-totalité des médecins (98%) pensaient que la prise en charge nutritionnelle pouvait apporter un vrai confort au patient, et 86% liaient la dénutrition à la fatigue. Pourtant, seuls 11% considéraient qu’il était facile de mettre en place une prise en charge nutritionnelle et un peu moins de la moitié considérait celle-ci moins prioritaire que celle d’autres effets secondaires.

Si 75% des patients, 80% des proches et 84% des médecins considéraient qu’« informer le patient sur les solutions nutritionnelles qui existent » était une priorité, 29% des patients déclaraient qu’il était difficile d’en parler aux professionnels de santé. Par ailleurs, un déficit de moyens humains et de formation suffisante dans le domaine était mis en avant respectivement par 44% et 36% des médecins.

Ainsi, la difficulté pour les patients de comprendre les liens entre dénutrition, cachexie et pronostic de la maladie, et la difficulté à échanger sur le sujet avec le corps médical contribueraient au fait que certains patients considèrent la nutrition comme un confort et d’autres comme une priorité.

D’autres enseignements plus spécifiques au sujets âgés atteints de cancer

Des analyses post-hoc1 de cette même enquête ont comparé les données chez les sujets de 70 ans et plus versus les sujets de moins de 70 ans. Les résultats montrent non seulement que la localisation des cancers est différente entre ces deux groupes d’âge, mais aussi que les sujets les plus âgés sont plus souvent dénutris (44,9% vs 36,7%, p=0,0006). En effet, les cancers gastro-intestinaux concernaient 27% des vs 8% et le cancer oropharyngien 15% vs 9%.

À apports alimentaires équivalents entre les deux groupes d’âge, 47% des sujets âgés de 70 ans et plus et 44% des sujets

Pourquoi ne pas plus impliquer les patients dans le dépistage de la dénutrition ?

En 2025, près de 22%2 de la population française aura 65 ans et plus, ce qui constitue un challenge médical à relever, notamment dans le domaine du cancer, puisque plus de 40% des cancers concernent les sujets âgés3. De plus en plus impliqués dans leur parcours de soins et les décisions associées, les patients pourraient tout à fait l’être dans le dépistage de la dénutrition ce qui pourrait favoriser un dépistage plus précoce comme le recommande la SFNCM (Société Francophone Nutrition Clinique et Métabolisme)4.