Cancer et nutrition : comment passer d’un cercle vicieux à une spirale vertueuse ?


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Un article récent publié dans Actualités pharmaceutiques a abordé « les leviers d’inversion de la dénutrition ». L’approche nutritionnelle est essentielle pour améliorer la qualité de vie des patients atteints de cancer. Une pathologie qui, du fait des progrès liés à sa prise en charge, devient chronique. Force est de constater, que les problèmes de nutrition des sujets âgés atteints de cancer constituent un véritable cercle vicieux. D’un côté, les effets indésirables de certaines chimiothérapies, comme les nausées, les vomissements, l’altération de l’odorat et/ou du goût, la mucite, … aggravent leur état nutritionnel. Et de l’autre, la détérioration du statut nutritionnel diminue la tolérance et l’efficacité des chimiothérapies. Près de 40% des patients atteints de cancer seraient concernés par la dénutrition1. Il s’agit d’un phénomène qui s’enclenche rapidement, car une perte de poids de 5% serait associée à un risque de dénutrition supérieur à 55 %2 ! Les études observationnelles montrent que seuls 30% des sujets atteints de cancer continueraient à manger correctement, et 15,7% ne se nourriraient quasiment plus2.

 

La nécessité d’une évaluation nutritionnelle multidimensionnelle

Les auteurs de cet article relatent que depuis 2012, la Société francophone de nutrition clinique et métabolisme (SFNCM) préconise une évaluation nutritionnelle multidimensionnelle. Interrogatoire hebdomadaire et utilisation d’outils de mesures (Mini Nutritional Assessment (MNA) pour les plus de 70 ans, Reference Nutrient Intake (RNI), Subjective Global Assessment (SGA), Patient-Generated Subjective Global Assessment (PG-SGA) sont deux éléments essentiels pour suivre les variations de poids. Deux référentiels sont disponibles sur le site de l’Association francophone des soins oncologiques de support (Afsos) « Dénutrition et réalimentation dans les cancers des Voies Aéro-Digestives Supérieures (VADS) » et « Nutrition chez le patient adulte atteint de cancer ». La SFNCM, elle aussi accompagne les praticiens avec plusieurs référentiels concernant la nutrition chez le patient adulte atteint de cancer, et une application, outil d’aide à l’évaluation et au diagnostic de l’état nutritionnel d’un patient. Tous ces éléments sont disponibles sur son site internet.

Quelle place pour les régimes spécifiques, le jeûne, la supplémentation orale selon les sociétés savantes ?

Les auteurs reviennent également sur un consensus publié par la Société européenne de nutrition clinique et métabolique (Espen) en 2017 qui mentionne qu’ « aucun argument ne soutient la thèse qu’un nutriment puisse nourrir la tumeur et qu’il faille l’évincer du régime alimentaire d’un patient atteint de cancer ; un quelconque jeûne avant, pendant ou après une chimiothérapie ne peut être recommandé chez un malade dénutri sans études cliniques solides, dont nous ne disposons pas aujourd’hui ; les régimes alimentaires stricts, qui ne pourraient être suivis sur le long terme qui plus est, ne sont pas recommandés. En cela, le régime cétogène apparaît trop restrictif en diversité alimentaire et constitue un risque de carence en micronutriments, du fait qu’il évince tout type de sources glucidiques ; une intervention précoce est recommandée à travers des conseils hygiéno-diététiques chez le malade présentant une dénutrition faible à modérée, sans besoin de recourir à une supplémentation nutritionnelle à ce stade »3.

La SFNCM recommande un apport énergétique de 30-35 kcal/kg/j en oncologie médicale et 25-30 kcal/kg/j en péri-opératoire4. Le référentiel de l’AFSOS sur « La nutrition chez le patient adulte atteint de cancer » préconise « un conseil diététique personnalisé intégrant, si nécessaire, la prescription de Compléments nutritionnels oraux (CNO) en cas de dénutrition et/ou de diminution de l’ingesta et/ou de demande du patient ou de la famille (avis d’experts). »5

Que peut-on attendre d’une prise en charge nutritionnelle ?

La mise en place précoce de conseils diététiques personnalisés augmente l’observance des apports protéino-énergétiques. Elle atténue également la sévérité des effets indésirables liés aux traitements et favorise un meilleur statut nutritionnel, contribuant de fait à l’amélioration de l’efficacité des traitements, de la qualité de vie et du pronostic3. Il est essentiel de sensibiliser le patient dès le début de sa prise en charge sur les troubles qui peuvent survenir et conduire à un état de dénutrition, et ce, même s’il est obèse.