Cancer épidermoïde de la tête et du cou : les douleurs neuropathiques sont trop souvent oubliées !


  • Nathalie Barrès
  • Actualités médicales
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À retenir 

Une étude française préliminaire met en évidence que :

  • 40% des patients qui ont reçu un diagnostic de cancer épidermoïde de la tête et du cou ou cancer des cellules squameuses de la tête et du cou (CCSTC) à l’hôpital universitaire de Besançon entre janvier 2018 et janvier 2019 souffraient de douleurs neuropathiques. 
  • Les patients ont été traités par chirurgie, chimiothérapie et/ou radiothérapie certes. Mais qu’aucun n’avait reçu de traitement spécifique pour les douleurs neuropathique. 
  • Or, 62% des sujets souffrant de douleurs neuropathiques étaient dénutris contre 32% pour les autres.

Pourtant, les recommandations de la Société Française d’ORL préconisent le traitement par antiépileptique (gabapentine ou prégabaline) en monothérapie en première ligne, puis en cas d’échec par opioïde fort, ou par inhibiteur de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline. Les auteurs insistent sur la nécessité d’un dépistage systématique des douleurs neuropathiques au moment du diagnostic et sur l’initiation d’un traitement adéquat. 

Pourquoi ces résultats sont intéressants ?

Dans les cancers de la tête et du cou, la douleur concerne 81% des patients avant la mise en route du traitement, 70% à la fin du traitement et 36% se plaignent toujours de douleurs 6 mois après le traitement. La douleur rencontrée dans le cancer est souvent mixte, nociceptive et neuropathique. Cette dernière composante est liée à la compression ou à la lésion d’un nerf. La forte innervation de la région de la tête et du cou pourrait en partie expliquer la forte prévalence de ces douleurs chez les sujets qui souffrent de CCSTC. Cette étude pourrait ouvrir la voie à d’autres études de plus large envergure pour suivre l’amélioration de la prise en charge des douleurs neuropathiques et de la qualité de vie des patients dans ce contexte clinique.

Méthodologie

Cette étude prospective a inclus les patients du centre hospitalier universitaire de Besançon ayant été traités pour carcinome épidermoïde de la tête et du cou entre le 1erjanvier 2018 et le 30 janvier 2019. La douleur a été évaluée par les scores de douleur neuropathique DN2 (douleur neuropathique en 2 questions) et NSPI (neuropathic pain symptom inventory). L’analyse des caractéristiques épidémiologiques des patients, l’état nutritionnel et la tolérance au traitement ont été comparés entre les sujets qui souffraient de douleurs neuropathiques (DN+) et les autres (DP-).

Principaux résultats

Au global, soixante individus ont été inclus. Au moment du diagnostic 73% souffraient de douleurs, 54% de douleurs mixtes (nociceptives et neuropathiques), 40% de douleurs neuropathiques. Pour 75% des patients du groupe souffrant de douleurs neuropathiques, celles-ci étaient jugées comme modérées à sévères. Les douleurs neuropathiques étaient présentes plus de 8h/j pour 50% des individus. Les douleurs neuropathiques étaient principalement ressenties au niveau de la bouche (56%) et de l’oropharynx (44%). En revanche aucune différence de prévalence de ces douleurs n’a été retrouvée en fonction de l’âge, du sexe, de la consommation d’alcool ou de la présence ou non d’un diabète. Si 45% de l’ensemble des sujets inclus souffraient de dénutrition, ils étaient 62% parmi ceux qui déclaraient des douleurs neuropathiques versus 32% parmi ceux qui n’en avaient pas. Les douleurs neuropathiques étaient retrouvées à tous les stades de la maladie. Aucun des patients chez qui une douleur neuropathique n’avait reçu de traitement analgésique spécifique pour ces douleurs.

Limites

Étude monocentrique préliminaire de faible effectif.