Cancer du sein HER-2 positif et grossesse

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  • Par Nathalie Barrès
  • Actualités médicales
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À retenir

Une récente étude française montre que la survie sans récidive est plus faible chez les femmes atteintes de cancer du sein HER-2+ lorsqu’elles sont enceintes par rapport à celles qui ne le sont pas. En revanche, la survie globale ne serait pas modifiée par la grossesse.

Pourquoi ces résultats sont importants ?

La prévalence des cancers du sein chez les femmes enceintes est en augmentation du fait des grossesses plus tardives aujourd’hui qu’il y a quelques décennies. Les cancers du sein HER-2 positifs sont de mauvais pronostic. Si les recommandations internationales préconisent que la prise en charge des patientes ayant un cancer du sein soit similaire, que les femmes soient enceintes ou non, les stratégies thérapeutiques et le pronostic diffèrent entre ces deux populations. Le cancer du sein HER-2 positif nécessite des thérapies ciblées dont l’impact sur la grossesse, la mère et le nouveau-né, reste incertain. Le pronostic de ce cancer a été certes amélioré avec l’arrivée du trastuzumab. Cependant ce traitement est contre-indiqué en cas de grossesse, ce qui impacte de fait la survie des femmes concernées.

Méthodologie

Les femmes ayant reçu un diagnostic de cancer du sein entre janvier 2005 et 2020 ont été recueillies de manière rétrospective à l’hôpital universitaire de Tenon (Paris) qui participe au CALG « réseau Cancer Associé à La Grossesse ».

Principaux résultats

Au total, 51 femmes enceintes avec cancer du sein HER-2 positif ont été appariées en fonction de l’âge au diagnostic avec 51 femmes atteintes également de cancer du sein hors grossesse. L’âge moyen au diagnostic était de 35,2 ans et 34,7 ans respectivement pour le groupe HER-2+/enceintes et HER-2+/non enceintes. Au moment du diagnostic il n’y avait pas de différence significative entre les deux groupes en ce qui concerne les caractéristiques des tumeurs (taille, présence d’atteintes nodulaires, de métastases ou du type de tumeur). Le taux de tumeurs agressives et de haut grade était important dans les deux groupes. Au global, 27% des femmes ont reçu le diagnostic au premier trimestre de leur grossesse (64% d’entre elles ont continué leur grossesse), 41% au second et 25% au troisième. Le terme moyen de la grossesse était à 34,2 semaines pour celles qui ont continué leur grossesse. Tous les nouveaux nés étaient en bonne santé à la naissance.

Les traitements du cancer étaient différents entre les deux groupes : les traitements par chimiothérapies néoadjuvantes étaient plus fréquents chez les femmes enceintes (72% vs 51%, p=0,03) et les thérapies adjuvantes plus fréquentes chez les femmes qui n’étaient pas enceintes (27% vs 49%, p=0,04). Une lymphadénectomie axillaire a été pratiquée chez 84% de femmes non enceintes contre 62% de femmes enceintes (p=0,01). Les traitements par radiothérapie, les traitements antihormonaux, et les traitements par anthracyclines ou taxanes ne différaient pas entre les deux groupes. En revanche, chez les femmes enceintes, les traitements anti-HER2 étaient toujours administrés en post-partum. Sur un suivi moyen de 3,7 ans, le taux global de récidive n’était pas significativement différent entre les deux groupes (10% et 18% respectivement chez les femmes enceintes et non-enceintes, p=0,25). Des métastases cérébrales sont survenues chez une patiente enceinte et trois patientes non-enceintes. Le taux de survie sans cancer était statistiquement plus faible chez les femmes enceintes avec récidive précoce que chez les autres (p=0,008). Le taux de mortalité lié au cancer n’était pas statistiquement différent entre les deux groupes (4% chez les femmes enceintes et de 12% chez les femmes non-enceintes, p=0,25).