Cancer du sein : Association entre polluants organiques et métastases

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  • Par Nathalie Barrès
  • Actualités médicales
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À retenir 

Pour la première fois, les résultats d’une étude exploratoire conduite au service d’oncologie-gynécologique de l’hôpital Européen Georges-Pompidou de Paris suggèrent :

  • qu’il existerait une association entre les métastases nodulaires et la concentration dans les tissus adipeux de 2,3,7,8 TCDD (2,3,7,8-tetrachlorodibenzo-p-dioxine encore appelée « dioxine de Seveso » en lien avec la catastrophe écologique du même nom qui a touché l’Italie en 1976) ;
  • les femmes en surpoids ou obèses pourraient être particulièrement concernées par ce sur-risque;
  • Les concentrations en 2,3,7,8 TCDD et en certains PCB pourraient être associées à des cancers du sein particulièrement agressifs.

Pourquoi cette étude est intéressante ?

De précédentes études avaient suggéré que les polluants organiques persistants (POP) pouvaient s’accumuler dans les tissus adipeux et favoriser les processus cellulaires d’invasion tumorale. Ici, les chercheurs sont allés plus loin en évaluant l’association entre la concentration sérique et tissulaire en POP et le développement de métastases chez des femmes souffrant de cancer du sein.

Méthodologie

Cette étude exploratoire cas-témoins a été menée en évaluant l’association entre la concentration de 49 POP - mesurée à la fois au niveau les tissus adipeux de l’environnement tumoral et le sérum - et le risque de métastases. Les femmes incluses souffraient de cancer du sein avec ou sans atteinte métastatique au niveau ganglionnaire et devaient subir une mastectomie partielle ou totale. La participation à l’étude a été proposée à toutes les femmes adultes, nouvellement diagnostiquées pour cancer du sein dans le centre, opérables, ayant une ou deux lésions uni- ou multifocales et une lésion principale >1cm ou palpable.

Principaux résultats

L’âge moyen des participantes allait de 59,8 à 64,0 ans selon le groupe (femmes présentant des métastases ou non), 71-85% des femmes étaient ménopausées. Dans les deux groupes, le carcinome canalaire infiltrant était le type histologique le plus fréquent et il n’y avait pas différence en ce qui concernait l’expression des récepteurs hormonaux RE, PR, HER2. Les données sériques provenaient de 40 femmes ayant des métastases et de 47 femmes sans métastases, et les données des tissus adipeux de 38 femmes avec métastases et de 53 sans métastases. 

La distribution des POP n’était pas statistiquement différente entre les femmes ayant ou non des métastases. Les concentrations sériques et tissulaires étaient bien corrélées pour la plupart des agents polluants.

Les résultats provenant de différents modèles à partir des concentrations des tissus adipeux n’ont pas montré d’association significative entre les POP et le risque de métastase. En revanche, la « dioxine de Seveso » ou 2,3,7,8 TCDD (ou 2,3,7,8-tetrachlorodibenzo-p-dioxine) était associée à un niveau de risque de métastase plus élevé que les autres PCDD (polychlorodibenzo-p-dioxines). Et le risque de métastase était d’autant plus élevé lorsque le 2,3,7,8 TCDD était retrouvé chez des femmes dont l’IMC était ≥25 kg/m2 (odds ratio (OR) 4,48 [1,32-20,71] chez les femmes de ≥25 kg/met 0,90 [0,38-2,5] chez les femmes ayant un IMC 2). La présence de 3 métastases au niveau des nodules lymphatiques et la taille de la tumeur – signe de l’agressivité de la tumeur- ont été associées à la concentration de TCDD. 

Principales limitations

La faible taille de l’échantillon nécessite de prendre ces résultats avec précaution dans l’attente d’études confirmant ces données.