Cancer du pancréas et risque de thromboembolie veineuse

  • Gastroenterology

  • Par Nathalie Barrès
  • Actualités médicales
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À retenir 

Les analyses de l’étude française BACAP viennent de montrer que chez les patients nouvellement diagnostiqués pour un cancer du pancréas :

  • l’incidence cumulée d’un événement thromboembolique veineux (TEV) serait de 13,19% à 6 mois,
  • plus de 20% de ces patients ont un risque de développer une TEV sur un suivi médian de 19,3 mois,
  • une TEV survient en moyenne 4,49 mois après le diagnostic de la tumeur primitive,
  • les patients ayant une tumeur localisée au niveau de l’isthme ou un cancer localement avancé ou métastatique auraient une probabilité de TEV à 3 mois augmentée de 10%,
  • la survenue précoce d’une TEV chez des patients nouvellement diagnostiqués pour adénome canalaire du pancréas est significativement associée à une diminution de la survie globale et de la survie sans progression de la maladie. 

Pourquoi cette étude est intéressante ?

La prévalence de ce cancer pourrait selon les experts augmenter de 40% au cours de la prochaine décennie en Amérique du Nord et en Europe. Le cancer du pancréas est associé à une incidence de TEV bien supérieure à tout autre type de cancer. Cette étude est la première étude à évaluer de manière prospective et sur une large cohorte la fréquence de la TEV chez ces patients et à en définir les facteurs de risque associés.

Méthodologie

L’étude prospective, observationnelle BACAP (Base Clinico-Biologique de l’Adénocarcinome Pancréatique) a été menée entre 2014 et 2018 au sein de centres français référents dans le domaine. Elle a inclus des patients ayant récemment reçu le diagnostic de cancer du pancréas quel que soit le stade de l’évolution de ce dernier. 

Principaux résultats

Au total, sur l’ensemble des 15 centres participants, 731 patients répondaient aux critères d’inclusion et ont été suivis sur une durée médiane de 19,3 mois (âge médian 69 ans, 52,8% d’hommes). La tumeur pancréatique se situait sur la tête du pancréas pour 58% des sujets, sur le corps pour 13%, au niveau de la queue pour 8,5% et 15,7% des patients présentaient des lésions multiples. Au global, 28,9% des sujets avaient à l’inclusion une tumeur résécable, 14,6% une tumeur à la limite de la résécabilité, 29,5% un cancer pancréatique localement avancé et 26,9% des métastases. Enfin, à l’inclusion, 67% des patients avaient été qualifiés à risque intermédiaire de TEV et 33% à risque élevé selon le score de Khorana.

L’incidence cumulée de TEV était de 8,07% à 3 mois, 19,21% à 12 mois et 24,7% à 18 mois, soit 20,79% sur la durée médiane globale du suivi. En analyse multivariée, la localisation de la tumeur primitive et le stade du cancer sont apparus comme étant des facteurs de risque indépendants prédictifs de la survenue d’une TEV. En effet, une tumeur primitive située au niveau de l’isthme multipliait par 2 le risque de TEV par rapport à une atteinte de la tête (hazard ratio (HR) 2,06) ; un cancer localement avancé multipliait par 1,66 le risque de TEV par rapport à un cancer résécable ou à la limite de la résécabilité ; et la présence de métastases multipliait par 2,50 le risque de TEV par rapport à un cancer résécable ou à la limite de la résécabilité.

Les analyses ont montré que le score de Khorana – évaluant le risque de thrombose veineuse chez les patients souffrant de cancer – n’était pas corrélé au risque constaté, probablement selon les auteurs parce que ce score n’a pas été établi dans le cancer du pancréas, qui constitue une faible proportion de l’ensemble des cancers. 

En termes de pronostic, cette étude montre que les patients qui n’avaient pas développé de TEV durant le suivi avaient une survie sans progression de la maladie et une survie globale plus importantes que les autres (respectivement HR 1,74, p=0,004 et HR 2,02, p

Principales limitations

Au global 43,6% des patients inclus avaient une tumeur résécable ou à la limite de la résécabilité, alors que ces cas se rencontrent plutôt avec une fréquence autour de 20% en pratique courante. Ceci laisse supposer des biais de sélection des patients, notamment parce que les centres participants étaient des centres chirurgicaux de référence, et parce qu’un certain nombre de sujets ayant des métastases ont été initialement exclus car porteurs d’une TEV concomitante à l’inclusion.