Cancer des ovaires : combien de cycles de chimiothérapie néo-adjuvante faut-il envisager ?

  • Eur J Obstet Gynecol Reprod Biol

  • Par Nathalie Barrès
  • Actualités médicales
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir 

Une étude française a comparé l’efficacité d’une chimiothérapie néo-adjuvante (NAC) de 3-4 cycles versus 5 cycles et plus chez des femmes souffrant de cancer des ovaires initialement inopérable. Les résultats montrent après ajustement sur l’âge au diagnostic, les comorbidités, le stade FIGO, la réponse à la chimiothérapie et l’atteinte nodulaire qu’il n’y aurait pas de différence significative entre les deux protocoles. Ces résultats semblent en faveur d’une résection chirurgicale la plus complète et précoce possible sans prolonger le nombre de cycle de chimiothérapie au-delà de 4.

Pourquoi cette étude est intéressante ?

Le cancer des ovaires est la 8cause de cancer chez la femme en France. Chaque année, près de 5.000 cas sont diagnostiqués et près de 4.000 femmes en décèdent. Le diagnostic trop souvent tardif (dans 75% des cas à un stade FIGO III ou IV) explique que le taux de survie à 5 ans n’atteint que 43%. Il y a plusieurs années, dans les cancers avancés, la chirurgie se faisait initialement et elle était suivie d’une chimiothérapie adjuvante. Des études ont conduit à proposer un protocole alternatif avec une chirurgie d’intervalle après chimiothérapie néo-adjuvante. Cette stratégie a amélioré surtout la morbidité opératoire et post-opératoire. Le nombre optimal de cycles reste cependant débattu, d’où l’intérêt de l’étude présentée ici.

Protocole de l’étude

L’étude rétrospective, multicentrique FRANCOGYN, menée dans neuf centres français a comparé deux groupes de patientes présentant un cancer ovarien avancé et bénéficiant d’un traitement par NAC (chimiothérapie néo-adjuvante à base de carboplatine et docétaxel) de 3-4 cycles (groupe 1) ou 5 cycles et plus (groupe 2), suivi d’une chirurgie réductrice. Ainsi, la chirurgie est survenue plus tardivement dans le groupe 2 que dans le groupe 1. Les critères d’évaluation étaient la survie globale, la survie sans progression. 

Principaux résultats

Au total, 501 patientes souffrant de cancer ovarien de stade III ou IV et bénéficiant d’une chirurgie d’intervalle après chimiothérapie néo-adjuvante ont été incluses (47,1% dans le groupe 1 et 52,9% dans le groupe 2).

Les patientes du groupe 1 présentaient significativement plus d’antécédents de cancer gynécologique, et une proportion significativement plus importante de patientes souffraient d’un cancer ovarien de stade IV dans le groupe 2 (22% vs 14%). En dehors de ces points, les caractéristiques des patientes à l’inclusion étaient similaires. Le nombre médian de cycles de chimiothérapie adjuvante était de 4 après la chirurgie, sans différence significative entre les deux groupes.

Le temps d’intervention chirurgical était significativement plus faible dans le groupe 1 (328 min versus 360 min, p

En analyse univariée, la survie globale des patientes initialement inopérables et traitées par 3-4 cycles de chimiothérapie néoadjuvante était significativement plus élevée que chez celles qui avaient bénéficié de 5 cycles de chimiothérapie néoadjuvante ou plus (hasard ratio (HR) de la survie globale était de 1,51 [1,05-2,17], p=0,02). La médiane de survie globale était de 54,2 mois dans le groupe 1 et de 64 mois dans le groupe 2 et la médiane de survie sans progression de 23,2 et 22,5 mois.

Après ajustement sur l’âge au diagnostic, les comorbidités, le stade FIGO, le taux de réponse à la chimiothérapie, le statut nodulaire, aucune différence n’a pu être mise en évidence entre les deux groupes (hazard ratio 1,81 [0,89-3,71], p=0,09). Les analyses en sous-groupes (en fonction de l’âge au diagnostic et de la réponse à la chimiothérapie) n’ont pas montré de différence significative non plus. Ces résultats sont partiellement confirmés par d’autres études.

Principales limitations

Étude rétrospective et possibilité de biais de sélection liés aux comorbidités.