Cancer de la vessie : combien de temps faut-il surveiller le patient ?

  • PLoS ONE

  • Par Nathalie Barrès
  • Actualités médicales
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À retenir 

Les conclusions d’une étude française montrent que la moitié des patients ayant une progression de leur cancer de la vessie n’avaient jamais eu de récidive au préalable. Ainsi, il n’y aurait pas d’association entre ces deux critères, et ce même pour ceux qui auraient de multiples récidives (plus de 4). En revanche, le fait d’avoir eu au moins 2 récidives multiplierait le risque même de récidive ultérieure par un facteur 4,7. Et la localisation multifocale de l’atteinte tumorale au diagnostic constituerait un facteur de risque de récidive. Enfin, les analyses ont montré que même après 5 sans récidive, 15% des patients resteraient encore à risque d’en développer une. Ainsi, les auteurs suggèrent que la surveillance des patients atteints de cancer de la vessie TaG1 devrait continuer au-delà de 5 ans.  

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Les auteurs rappellent qu’en France, l’incidence de ce cancer augmente de 1% par an. Parmi les tumeurs qui n’infiltrent pas le muscle – c’est à dire 75 à 85% des cas -, 70% correspondent à un stade Ta, 20% à un stade T1 et 10% sont des tumeurs in situ. Les cancers de la vessie superficiels ont un taux de récidive dans le même stade important allant de 30 à 78% à 5 ans, et la progression vers une invasion du muscle (stade T2 à T4) concernerait entre 7 et 40% des individus. Cette étude a été réalisée pour évaluer la valeur pronostique des récidives multiples sur le risque de progression du cancer de la vessie vers un haut grade ou vers une tumeur envahissant le muscle chez des sujets ayant un cancer de la vessie TaG1 à risque faible ou intermédiaire.

Méthodologie

Cette étude observationnelle rétrospective française a évalué une cohorte de 470 patients ayant un cancer de la vessie de stade TaG1 diagnostiqué entre 1996 et 2010 et suivis jusqu’en 2012. Le score de risque EORTC (European Organisation for Ressac and Treatment of Cancer) a été utilisé pour classer les patients en risque faible à intermédiaire. L’inclusion a été faite à la date de la résection transurétrale. Les analyses ont portée sur l’évaluation de l’association entre le nombre de récidives, le risque de progression et l’infiltration musculaire. Les caractéristiques liées aux récidives telles que le délai avant récidive, la localisation de celle-ci et le risque d’autres récidives ont également été évalués. 

Principaux résultats 

L’âge moyen était de 66 ans et le sex-ratio de 4,3 en faveur des hommes. Les caractéristiques de la population à l’inclusion montrent que 70% des sujets étaient fumeurs, et 59% à faible risque de progression vers une tumeur infiltrant le muscle selon le score EORTC. Durant le suivi moyen de 7,2 ans, 251 des 470 sujets de la cohorte ont eu une récidive, soit en valeur médiane 1 récidive par patient. Parmi les autres sujets, 34 ont progressé vers un haut grade T1 ou TaG3 et 17 ont développé une tumeur infiltrante musculaire (dont 4 sujets qui initialement avaient une tumeur de vessie non infiltrante du muscle). Pour la moitié des sujets ayant eu une progression, aucun n’avait jamais eu de récidive TaG1 au préalable. 

Les tumeurs étaient plus souvent multifocales à l’inclusion que lors des récidives (17,9% versus 6,1%). L’incidence cumulée d’une première récidive a atteint 60% à 7 ans. Lorsque l’on considérait uniquement les patients sans récidive à 2 ans, le risque cumulé de récidive sur 4 ans de suivi atteignait 30% et parmi les patients sans récidive à 5 ans, 15% avaient encore un risque de développer une première récidive entre la 5et la 9année. Le fait d’avoir déjà eu deux ou trois récidives augmentait le risque de nouvelle récidive d’un facteur 4,7(HR 4,72 [2,77-8,05]).  Un antécédent de récidive dans les 6 derniers mois augmentait quant à lui le risque de récidive de 33%.

Principales limitations

Le caractère rétrospectif de cette étude ne permet pas d’écarter la présence de biais de sélection.