Cancer de l’endomètre et préservation de la fertilité : les défauts d’informations mis à jour


  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

À travers une enquête nationale sur la préservation de la fertilité chez des femmes ayant une hyperplasie atypique ou un adénocarcinome de l’endomètre, les médecins spécialistes de la reproduction et les chirurgiens gynécologues déclarent :

  • Avoir un niveau de connaissances insuffisant concernant les traitements de la préservation de la fertilité dans ce contexte clinique.
  • Avoir certaines barrières à accompagner les patientes concernées lorsqu’ils estiment le pronostic lié au cancer peu favorable ou leurs chances de grossesse ultérieure faibles.
  • Regretter pour une majorité le manque de recommandations claires sur le sujet.

Pourquoi ces résultats sont intéressants ?

Ces données confirment que les discussions sur la fertilité dans un contexte oncologique sont encore difficiles, et mettent en lumière que l’apport d’informations auprès des professionnels de santé les plus concernés pourrait éventuellement permettre de lever certaines barrières et faciliter l’accompagnement des femmes concernées.

Méthodologie

Cette enquête nationale française a été réalisée auprès de chirurgiens gynécologues et de médecins spécialistes en médecine de la reproduction. Le questionnaire à 17 items comprenait une partie commune et deux parties spécifiques, l’une pour les chirurgiens en gynécologie et l’autre pour les spécialistes de la médecine de la reproduction. Le questionnaire a été envoyé entre avril 2017 et avril 2018. L’enquête évaluait le niveau de connaissance, les besoins d’informations, les barrières de ces professionnels et leur attitude concernant les mesures de préservation de la fertilité. Les femmes concernées souffraient d’hyperplasie atypique ou de carcinome endométrial. Les praticiens devaient indiquer leur niveau de connaissance sur les quatre types de traitements de conservation de la fertilité (progestatifs oraux, dispositif intra-utérin au lévonorgestrel, analogues de la GnRH, résection endométriale par hystéroscopie). Une échelle de Likert était utilisée pour évaluer les différents items. 

Principaux résultats

Cent quarante professionnels ont répondu à l’enquête (87 chirurgiens en gynécologie et 53 spécialistes de la reproduction). Parmi eux, 69,3% avaient traité des femmes souffrant d’hyperplasie endométriale atypique ou d’adénocarcinome endométrial âgées de moins de 45 ans.

  • Connaissances des traitements de conservation de la fertilité :39,3% des médecins interrogés avaient un score moyen et 20% un score faible sur ce sujet. Les traitements les plus connus étaient le traitement par progestatifs oraux et la résection par hystéroscopie. Le niveau des connaissances des chirurgiens était globalement meilleur que celui des médecins spécialistes de la reproduction. Les praticiens qui exerçaient au sein d’un centre traitant plus de 20 patientes/an ou exerçant en CHU étaient également mieux informés.
  • Les besoins d’informations :pour les praticiens qui avaient déjà pris en charge des femmes en âge de procréer, 52,6% trouvaient qu’il était difficile d’accompagner ces patientes et 61,8% regrettaient l’absence de recommandations. Seulement 32,9% avaient connaissance d’un registre national sur le sujet et seulement 16,4% avaient déjà fait appel aux conseils d’un expert.
  • Les barrières à la préservation de la fertilité :la plupart des praticiens interrogés avaient une opinion positive vis-à-vis des quatre traitements de la préservation de la fertilité, et sans différence significative entre les deux profils de médecins interrogés. Une préférence allait à la résection par hystéroscopie et aux progestatifs oraux. Les barrières étaient plus fortes en cas de faible pronostic lié au cancer, de faibles chances de grossesse ainsi que lorsque la patiente avait déjà des enfants.
  • Attitude des médecins vis-à-vis de la préservation de la fertilité : 87,1% des médecins estimaient que 38-42 ans correspondait à l’âge limite pour proposer la préservation de la fertilité. 57,2% des médecins ne se sentaient pas très engagés et/ou à l’aise avec le traitement de conservation de la fertilité.