Cancer colorectal métastatique : regarder au-delà de l’âge

  • PLoS ONE

  • Par Nathalie Barrès
  • Actualités médicales
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À retenir 

La prise en charge du cancer colorectal à un stade métastatique (CCRm) requiert une approche multidisciplinaire incluant la chimiothérapie, la chirurgie et éventuellement d’autres stratégies curatives régionales. Cette prise en charge complexe pourrait sembler plus à risque chez des sujets fragiles. En pratique, les sujets considérés comme « âgés » bénéficieraient moins souvent de prise en charge agressive que les « jeunes ». Et pourtant, les données poolées de la littérature montrent qu’il n’y aurait pas de différence sur les paramètres opératoires et post-opératoires entre les plus de 70-75 ans et les plus jeunes. Certes, les plus âgés ont un risque de mortalité post-opératoire 2 à 3 fois plus élevé que celui des plus jeunes, mais plus que l’âge, c’est la fragilité du sujet qui devrait être considérée.

Pourquoi ces résultats sont intéressants ?

En France, 45% des nouveaux cas de CCR sont diagnostiqués chez les 75 ans et plus. Les prises en charge non chirurgicales sont privilégiées chez les plus âgés considérant que l’âge et la présence de comorbidités sont des facteurs de risque de morbi-mortalité chirurgicale. Or, les données présentées ici suggèrent bien que ce n’est pas l’âge du patient qui constitue un risque chirurgical mais l’état de fragilité, qui repose plus sur la qualité du vieillissement et les comorbidités.

Méthodologie

Une revue de la littérature a été conduite à partir de PubMed, EMBASE, Cochrane et Clinical Trial.gov afin d’identifier les études ayant investigué les résultats d’une prise en charge chirurgicale et non chirurgicale à court et long terme des sujets de 65 ans et plus souffrant de CCRm. L’ensemble des données a été poolé et des comparaisons en fonction de l’âge et de l’approche thérapeutique ont été menées.

Principaux résultats

Vingt-neuf études pertinentes ont été identifiées et incluses dans les analyses. Parmi celles-ci 62% ont été publiées après 2013, et aucune avant 2004. Quinze d’entre elles provenaient de travaux menés en Europe, 7 en Amérique du nord et 7 en Asie. Toutes étaient des études rétrospectives. Selon les études, la définition du sujet âgé pouvait varier de ≥65 ans à ≥85 ans.

Les analyses ont permis de mettre en évidence que :

  • globalement les sujets âgés souffrant de CCRm étaient moins susceptibles de subir une résection majeur du foie et de recevoir une chimiothérapie périopératoire ;
  • le taux de complications post-opératoires était plus élevé chez les sujets âgés que chez les sujets jeunes pour cinq études, et similaires pour dix études ;
  • la mortalité post-opératoire  était significativement supérieure chez les sujets « âgés » par rapport aux jeunes dans quatre études et similaires dans 12 autres ; Dans le cadre d’une chirurgie hépatique, le risque relatif était de 2,53 [2,00-3,21] ;
  • le taux global de complications post-opératoires majeures ou totales, ainsi que la durée du séjour hospitalier étaient semblables entre les sujets jeunes et âgés;
  • La majorité des études a révélé que les sujets âgés avaient une survie globale plus faible par rapport aux jeunes (Hazard ratio 1,17 [1,07-1,18]) mais que l’âge n’était pas un critère indépendant prédictif de la survie globale et de la survie sans maladie. Ceci suggérant que l’âge de ne devrait pas être considéré comme un critère de contre-indication à la résection hépatique chez les patients souffrant de CCRm.

Limites

Cette étude montre le manque d’essais cliniques randomisés dans le domaine, car seules des études rétrospectives au design hétérogène ont pu être incluses dans ces analyses.