Cancer à cellules squameuses de la tête et du cou : cisplatine en traitement adjuvant

  • Eur Ann Otorhinolaryngol Head Neck Dis

  • Par Nathalie Barrès
  • Actualités médicales
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir 

Une équipe française du centre de lutte contre le cancer de Caen a mené une étude pour évaluer la faisabilité en routine d’une chimiothérapie à base de cisplatine, en post-opératoire à visée curative dans un contexte de cancer à cellules squameuses de la tête et du cou (CSTC) à haut risque de récidive. Les résultats montrent que 57,5% des patients parvenaient à terminer le traitement malgré la présence fréquente de comorbidités sévères. Ces taux sont similaires à ceux qui ont pu être précédemment mis en évidence dans d’autres études. Les analyses montrent que le débit de filtration glomérulaire est le seul critère significativement associé à un risque d’interruption du traitement et qu’il est essentiel de favoriser la nutrition et l’hydratation des sujets avant la mise en route du traitement. En revanche, ni la survie globale, ni la survie sans récidive n’ont été significativement améliorées par le suivi complet des protocoles de chimiothérapie.

Méthodologie

Cette étude rétrospective monocentrique a recruté tous les patients souffrant de CSTC, à haut risque de récidive et ayant reçu une chimiothérapie par cisplatine en post-opératoire.

Le traitement adjuvant par cisplatine consistait en l’administration de 100 mg/m2toutes les 3 semaines (J1, J22, J43), associée à une hyperhydratation et à un traitement antiémétique. Le traitement était considéré comme terminé lorsque 3 séances de chimiothérapie et de radiothérapie à doses complètes sans interruption de 3 jours ou plus étaient réalisées.

Principaux résultats

Au total, 106 patients souffrant de CSTC à haut risque de récidive ayant reçu du cisplatine post chirurgie curative ont été inclus dans les analyses (84,9% d’hommes, âge médian 58 ans). Parmi eux, 25,4% étaient dénutris et autant avaient des comorbidités sévères. Le délai moyen entre la chirurgie et la chimiothérapie était de 8,6 semaines (>6 semaines pour 90,6% des cas). 

Sur l’ensemble de la population, 68,8% des sujets ont reçu les 3 séances de chimiothérapie, 25,5% n’ont pu en suivre que deux. Le traitement adjuvant a été considéré comme complètement réalisé pour 57,5% des patients. Un faible taux de filtration glomérulaire avant le traitement a été significativement associé (p=0,003) à une interruption du traitement, et une tendance similaire a été mise en évidence pour une perte de poids >5% durant le traitement (p=0,026). Une faible clairance de la créatinine a été significativement associée à un traitement incomplet (p=0,003). Les principales raisons d’interruption du schéma thérapeutique étaient l’insuffisance rénale aiguë (n=16), l’hépatotoxicité (n=17), la détérioration de l’état général de santé (n=4), l’infection (n=3), la mucite sévère (n=3) et l’ototoxicité (n=2). 

La survie globale à 5 ans était de 58,9% et la survie médiane de 84,9 mois. Un tiers des patients ont présenté des récidives, la survie à 5 ans sans récidive était de 62,7% et le délai médian de survie sans récidive était de 12,6 mois. 

La réalisation complète de la chimiothérapie et/ou de la radiothérapie n’a pas été associée à une augmentation significative de la survie sans récidive ou de la survie globale. 

Treize patients ont présenté un débit de filtration glomérulaire inférieur à 60 mL/min (dont trois