Bypass gastrique : le suivi des carences et déficits en minéraux et vitamines doit s’envisager sur le long terme

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Le « bypass » gastrique avec anse en Y de Roux est l’un des traitements parmi les plus efficaces en cas d’obésité morbide. Cependant, compte tenu des altérations du tractus gastro-intestinal après la procédure chirurgicale, les patients présentent souvent des carences et déficits nutritionnels. Ceux-ci peuvent conduire à des complications hématologiques (ex. anémie, leucopénie, thrombocytopénie), neurologiques (ex. myéloneuropathie, encephalopathie de Wernicke, parasthésie) et musculosquelettiques (ex. ostéoporose, douleur osseuse, fractures). Les carences et déficits en vitamines et minérales rapportées concernent le fer (47%-66%), la vitamine B12 (37-50%), les folates (15%-38%), la vitamine D (20%-51%) et le calcium (±10%). Cependant, peu de données existent sur ce problème et le suivi des patients est souvent limité. La supplémentation quotidienne en minéraux et vitamines est généralement recommandée après l’intervention mais l'observance de ces traitements chroniques diminue souvent avec le temps. Une étude a évalué le statut nutritionnel à long terme de sujets en obésité morbide qui ont initialement arrêté le suivi après un « bypass » gastrique avec Roux-en-Y.

Méthodologie

  • Analyse rétrospective de données collectées en prospectif.
  • Les patients éligibles devaient être âgés de plus de 18 ans, avoir subi un « bypass » gastrique avec Roux-en-Y par laparoscopie entre janvier 2000 et décembre 2008 pour obésité sévère (IMC>35 kg/m2) ou obésité morbide (IMC>40kg/m2) et présenter un diabète de type 2. Ils étaient invités par courrier à une visite de suivi à long terme. Ils recevaient une relance par courrier puis étaient contactés par téléphone s’ils ne donnaient pas de réponse au courrier d’invitation.
  • Les patients diabétiques de type 2 étaient enrôlés dans un programme de suivi strict incluant des tests en laboratoire.
  • Les données suivantes ont été enregistrées : date et type d’opération, antécédents médicaux, taille, poids, IMC, perte de poids, médicaments et complexes en vitamines administrés, résultats des tests de laboratoire réalisés au cours du suivi régulier à 2, 3, 5, 9, 12, 18 et 24 mois après l’intervention, puis annuellement.
  • Le critère principal d’évaluation était les déficits nutritionnels à long terme en fer, vitamine B12 et vitamine D.
  • Les critères secondaires étaient les déficits dans les autres vitamines et minéraux administrés ainsi que la compliance.
  • La limite inférieure normale était utilisée pour définir les déficits. L’anémie a été définie en utilisant le taux d’Hb, le déficit en fer à partir des taux de ferritine. Les patients ont été divisés en deux groupes : ceux qui prenaient toujours des suppléments vitaminiques lors des visites de suivi (patients ayant une bonne observance) et ceux qui les ont arrêtés (patients ayant une mauvaise observance). L’observance était définie sur la base d’une prise quotidienne de vitamines durant au moins 6 jours par semaine.

Résultats

  • 89 patients ont été invités à participer au suivi à long terme de manière régulière.
  • 51 patients sur 89 (57,3%) ont accepté de participer et étaient éligibles pour l’étude dont 33 femmes (58,8%). L’âge moyen était de 47,6 ±9,7 ans, le poids à l’inclusion de 140,1 ±21,7 kg et l’IMC moyen de 46,3 ±6,2 kg/m2. La durée moyenne du suivi était de 81,4 ±27,1 mois.
  • 41 (80,4%) des patients avaient pris une supplémentation au moins occasionnellement pour la prévention et le traitement nutritionnel des déficits, dont des complexes multivitaminés, du fer, de la vitamine B12, du cholécalciférol et/ou du calcium. 35 (68,6%) prenaient toujours leur complexe multivitaminé à la dernière visite de suivi et ont été classés parmi les patients ayant une bonne observance. 16 (31,4%) patients étaient classés dans le groupe patients n'ayant pas une bonne observance. Les patients ayant une bonne observance prenaient huit supplémentations vitaminiques différentes, dont une seule était spécifiquement optimisée pour les patients ayant subi une chirurgie bariatrique. Celle-ci contenait 350 µg de vitamine B12, 600 µg de folates, 70 mg de fer, 2,75 mg de vitamine B1 et 2,8 mg de vitamine B6 par comprimé et par jour. Les autres suppléments vitaminiques contenaient 1 à 3 µg de vitamine B12, 100-200 µg de folates, 2,5 à 14 mg de fer, 0,6 à 3,3 mg de vitamine B1 et 0,7 à 2,1 mg de vitamine B6 par comprimé. La moitié des sujets prenait un comprimé par jour, et l’autre moitié deux par jour.
  • Au global, 35%, 16% et 55% des patients ont eu des déficits respectivement en fer, vitamine B12 et vitamine D.
  • 69% des patients utilisaient une supplémentation non spécifique sur la base d’une prise par jour.
  • Les patients qui prenaient une supplémentation vitaminique avec une bonne observance présentaient un plus faible taux de déficit en fer (26% vs 56%, p=0,034), en vitamine B12 (11% vs 25%, p=0,46) et en vitamine D (46% vs 75%, p=0,07) par rapport aux autres.

Limitations

  • Malgré les efforts effectués, un nombre substantiel de patients ont été perdus au cours du suivi, ce qui peut avoir influencé les résultats de l’étude.
  • Il était parfois difficile d’obtenir des réponses à des questionnaires ou des échantillons sanguins plusieurs années après l’intervention.
  • Les sujets ne prenaient pas tous les mêmes supplémentations.

À retenir

Le « bypass » gastrique avec Roux-en-Y par laparoscopie permet une perte de poids importante. Cependant, cette technique s’accompagne d’un taux élevé de déficits notamment en fer, vitamine B12 et vitamine D. L’administration régulière de supplémentations multivitaminiques ne permet pas de prévenir complètement ces déficits. De nouveaux critères pour optimiser ces thérapies de supplémentations doivent être élaborés. Il est important que les chirurgiens bariatriques, les endocrinologues et les médecins généralistes assurent un suivi à long terme de ces patients.