Brouillard mental : que sait-on de ce symptôme persistant du Covid ?

  • Marine Cygler

  • Nathalie Barrès
  • Actualités Médicales par Medscape
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France  Une part non négligeable des patients qui ont été atteint de Covid-19 souffrent de troubles cognitifs, confusion, difficulté à trouver ses mots mais aussi perte de mémoire...jusqu’à plusieurs mois après la maladie. Une association de symptômes appelée « Brouillard mental » ou « brouillard cérébral » de la traduction littérale anglaise « brain fog », que la Pr Nathalie Kubis (neurologue, hôpital Lariboisière, Paris) a détaillé pour Medscape.

« Sans que l'on dispose de chiffres précis et vérifiés, d’après les retours des médecins, on estime que le brouillard mental touche entre 30 et 40 % des patients ayant eu le Covid. Le pourcentage semble plus élevé chez ceux qui ont été hospitalisés », explique la neurologue et chercheuse à l'Inserm. Aussi, ces troubles semblent d’autant plus marqués que les patients étaient actifs et performants avant leur maladie, indique la HAS[1].

Des troubles de l'attention exacerbés par le stress de la société 

Cette expression regroupe une association de symptômes : difficulté de concentration, sauts constants d'une tâche à une autre, oubli des mots, impression d’avoir le cerveau « enbrumé ». Souvent les médecins qui prennent en charge ces patients retrouvent des éléments anxieux, des troubles du sommeil et une grande fatigue. Ces symptômes, lorsqu’ils persistent sur le long terme, entraînent souvent une perte de motivation. 

« Ce qui sous-tend tout cela, ce sont des troubles de l'attention », explique Nathalie Kubis.

« Habituellement, on peut voir ce type de manifestations chez les grands anxieux ou bien chez les mères qui travaillent et doivent gérer trop de choses à la fois, ou bien associé à un trouble de stress post-traumatique », poursuit-elle.

A la différence de ces autres situations, le Covid a un « retentissement social généralisé », fait remarquer la Pr Kubis, ce qui « amplifie la vulnérabilité individuelle ». « Il y a ce que les patients ont vécu dans leur corps, le vécu psychologique de la maladie mais aussi la manière dont la société les voit », analyse-t-elle.

Quant au mécanisme, il n'est pour l'instant pas encore identifié. Peut-être faut-il investiguer du côté de l'orage inflammatoire car les cytokines perdurent longtemps. Or, la cytokine IL 17, retrouvée chez les patients qui ont eu le Covid, est connue pour être élevée chez les personnes anxieuses, plus sujettes à ces troubles. Mais d’autres pistes sont actuellement à l’étude. D’après une étude du Pr David Nauen, du John Hopkins University School of Medicine, ce symptôme pouvait aussi être induit par une migration des mégacaryocytes jusqu’au cerveau suite à une réponse immunitaire trop importante. Ces grandes cellules provoqueraient des occlusions au niveau des micro capillaires cérébraux. Les experts sont arrivés à cette conclusion après avoir autopsié les cerveaux de personnes décédées de la maladie.

Quelle conduite à tenir en ville ? 

Que faire lorsqu'un patient présentant une forme longue de Covid se plaint d'un brouillard mental ? « Avant tout, il faut rassurer. On parle partout de séquelles du Covid. Le mot « séquelle » fait très peur et les patients sont complètement affolés », indique la Pr Kubis qui conseille « de dire que ce n'est pas grave et d’insister sur la diminution des symptômes dans les mois qui suivent l'infection ». Rassurer et prôner la patience donc.

Cela dit, il faut tout de même vérifier les médicaments pris par le patient : nombreux sont ceux largement prescrits, anxiolytiques et progestatifs en tête, qui font somnoler. De même, il faut écarter la présence d'une maladie neurologique, neurodégénérative ou d'une parasomnie.

« Les troubles de l'attention peuvent se tester facilement avec la réalisation de tâches requérant une participation active du patient. Par exemple, lui apprendre de nouveaux mots et lui demander en fin de consultation de les répéter, ou bien lui demander de taper sur la table quand il entend un chiffre pair », indique Nathalie Kubis qui considère que l'orientation vers un neurologue n'est nécessaire que s'il y a un retentissement important dans la vie de tous les jours.

« La sévérité des troubles s'apprécie selon le retentissement. Des drapeaux rouges alertent d'un retentissement majeur : ne plus pouvoir travailler, faire des oublis importants, ne pas se lever le matin », détaille-t-elle.

En termes de prise en charge, précise-t-elle, on ne prescrit pas de médicaments mais on donne des recommandations générales pour améliorer les troubles de l'attention comme :

  • bannir l'alcool

  • diminuer la consommation d'excitants (thé-café)

  • pas d'activité physique ni d'écran après 18h

  • dormir dans une chambre fraîche (autour de 19°C, voire moins)

  • en journée, éviter les activités multitâches

  • pratiquer la méditation de pleine conscience ».

En conclusion, la neurologue a tenu à tordre le cou à une idée reçue : « Ce n'est pas parce qu'on souffre de brouillard mental qu'on a du coronavirus dans le cerveau ». Aucun travail à ce jour n’a permis de retrouver du SARS-CoV-2 dans le cerveau de patients décédés du Covid, précise-t-elle.

Troubles cognitifs ou neuropsy post-Covid : les recommandations de la HAS

Dans sa Fiche sur les manifestations neurologiques au cours des symptômes prolongés de la Covid-19 , en cas de troubles de l’attention persistants, la Haute Autorité de Santé (HAS) recommande en premier lieu de recenser les plaintes et les observations du patient et de réaliser une échelle de MoCA (Montréal Cognitive Assessment ), score plus informatif que le MiniMental Status dans ce contexte (exploration des capacités exécutives). En cas d’anomalie persistante sur l’échelle ou de gravité particulière (par ses conséquences notamment) une évaluation par un neurologue ainsi qu’une exploration neuropsychologique pourront être effectués. Après avis spécialisé, une IRM cérébrale, un électroencéphalogramme, voire un PET-scan cérébral pourront être jugés nécessaires.

Cet article a initialement été publié sur le site Medscape.