Boulimie et hyperphagie boulimique : une prise en charge longue et délicate


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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La HAS (Haute Autorité de santé) vient de publier des recommandations de bonne pratique à propos de la boulimie et de l’hyperphagie boulimique, dont elle rappelle les définitions. La boulimie se caractérise par « des crises d’absorption d’une grande quantité de nourriture dans un espace de temps restreint, associées à un sentiment de perte de contrôle, suivies de comportements compensatoires inappropriés (vomissements provoqués, abus de laxatifs ou autres, etc). » Les patients ont souvent un IMC normal (Indice de masse corporelle). L’hyperphagie boulimique s’en distingue par l’absence de comportements compensatoires inappropriés, ce qui explique que les patients soient souvent en surpoids ou avec une obésité. Ces troubles débutent le plus fréquemment, mais pas toujours, à l’adolescence ou au début de l’âge adulte. Il s’agit souvent, mais pas exclusivement, de femmes.

Boulimie et hyperphagie boulimique ont un retentissement majeur sur la santé physique et psychique. Elles sont associées à un risque important de surmortalité, du fait de leurs conséquences : troubles métaboliques , troubles psychiatriques (dépression, troubles anxieux, troubles addictifs, troubles de la personnalité), suicide.

Empathie et bienveillance

Leur repérage, très insuffisant, peut être effectué par tout acteur du système de soins, mais il est établi que les personnes souffrant d’un trouble des conduites alimentaires (TCA) consultent leur médecin généraliste plus fréquemment que la population générale dans les années précédant le diagnostic, pour des plaintes somatiques diverses. Certaines populations sont plus à risque : antécédents familiaux de TCA, mannequins, disciplines sportives à catégorie de poids ou nécessitant le contrôle du poids (gymnastique, athlétisme, etc).

Le dépistage et la prise en charge nécessitent une relation thérapeutique de qualité, y compris avec l’entourage, comprenant empathie et bienveillance. Pour les patients, leurs freins principaux sont la honte et la peur (notamment de la stigmatisation). Il est recommandé de faire une première consultation en plusieurs temps, avec et sans les parents ou accompagnants. L’examen somatique initial doit être aussi complet que possible. Le patient doit être informé de la nécessité de prendre ses éventuels médicaments (contraception, par exemple) à distance des épisodes de vomissements.

La prise en charge est d’autant plus efficace qu’elle est précoce. Elle doit être multidisciplinaire d’emblée (somatique, psychologique, nutritionnelle, sociale et familiale – ne pas oublier un bilan dentaire !) et si possible impliquer la famille. Ses objectifs doivent être explicites. Sa coordination sera effectuée par le professionnel le plus aguerri dans cette pathologie, avec un partage des rôles entre professionnels clair et explicité au patient. La prise en charge sera le plus souvent ambulatoire, sauf en cas de risque vital. Elle s’étend fréquemment sur plusieurs années et une surveillance clinique doit être poursuivie après une amélioration significative.