Bilan mitigé de l’efficacité de la phagothérapie sur les brûlures infectées

  • Jault P & al.
  • Lancet Infect Dis
  • 3 oct. 2018

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Selon une étude de phase 1/2, la phagothérapie dirigée contre P. aeruginosa (PP1131) permet de réduire la durée et l’importance de l’infection des lésions de grands brûlés, mais de façon moindre que celle apportée par un traitement topique de sulfadiazine d’argent. Parallèlement, la phagothérapie est associée à un taux plus faible d’évènements indésirables que le traitement topique.

  • Cette étude, issue du projet PhagoBurn, visait à évaluer la tolérance et l’efficacité des bactériophages dans la prise en charge des lésions infectées chez les grands brûlés. Les résultats ne sont pas aussi probants qu’attendus pour un certain nombre de raisons : l’étude a notamment dû être redimensionnée en cours de route parce que la solution expérimentale PP1131 est apparue instable en cours d’étude et a imposé l’arrêt prématuré de l’essai. Par ailleurs, du fait de la situation clinique des patients, aucune évaluation de la sensibilité des souches infectantes à la solution de phagothérapie n’a été réalisée et le traitement était d’emblée initié.

  • Cependant, il s’agissait ici du premier essai clinique randomisé de bonne facture autorisé en Europe grâce à la conformité de la préparation de phages anti-P. Aeruginosa (PP1131) aux bonnes pratiques de préparation. Ainsi, si de nombreux aspects doivent être mieux étudiés et compris, cette étude constitue une première preuve de concept.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

La phagothérapie n’a fait l’objet d’aucune étude clinique randomisée ni recommandation parues dans la littérature. Or, la capacité des phages à combattre les infections bactériennes, qui est connue depuis plusieurs décennies, connaît un regain d’intérêt dans le contexte de la multiplication de l’antibiorésistance. Le projet collaboratif européen PhagoBurn a été initié en coopération avec trois agences de sécurité sanitaire européennes dont l’ANSM et a permis de mener un premier essai de bonne qualité méthodologique.

Méthodologie

  • Cette étude de phase ½ randomisée et contrôlée en double aveugle visait à inclure des patients adultes présentant des brûlures infectées par P. aeruginosa, afin d’évaluer la sécurité et l’efficacité de la solution de phage obtenue par lysat bactérien (PP1131) par rapport au traitement de référence (sulfadiazine d’argent). Dès l’inclusion, les patients étaient traités quotidiennement durant 7 jours et suivis durant 14 jours.
  • L’objectif principal de l’étude était le délai avant la réduction significative de l’infection locale (déterminée par une réduction d’au moins deux quadrants selon la méthode d’ensemencement des 4 quadrants). La sécurité du traitement a été parallèlement évaluée.

Principaux résultats

  • L’étude a recruté 27 patients dont 25 ont fourni des données exploitables.
  • Une réduction significative de l’infection locale a été obtenue après une durée médiane de 144 heures dans le groupe PP1131 contre 47h dans le groupe sulfadiazine (HR : 0,29 [0,10-0,79], p=0,018), sachant que 50% des sujets du groupe expérimental présentaient une charge bactérienne élevée (4 quadrants) à l’inclusion contre 15% de ceux du groupe contrôle. Par ailleurs, étant donné l’instabilité de la solution après production, les doses délivrées de phages ont été inférieures à celles qui étaient attendues.
  • Le traitement a été bien toléré avec la survenue d’événements indésirables chez 23% du groupe phagothérapie contre 54% du groupe contrôle.
  • Le recours parallèle à une antibiothérapie orale (d’emblée ou après plusieurs jours) n’a pas semblé influencer l’efficacité des traitements locaux.

Financement

Le projet a été financé partiellement par le 7 e Programme Cadre de Recherche et Développement de la Commission européenne.