Bilan français du pronostic cardiovasculaire associé aux drogues illicites

  • Ma I & al.
  • Eur Heart J Acute Cardiovasc Care

  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Messages principaux

  • Selon une analyse menée à partir des données du Programme de Médicalisation des Systèmes d’Information, la consommation de drogues illicites constituerait un risque de décès toutes causes ou cardiovasculaires. Le cannabis serait en revanche le seul facteur significatif d’infarctus du myocarde (IDM) par rapport aux autres drogues illicites, même s’il est possible que les données relatives à celles-ci, plus rarement consommées, souffrent d’un manque de puissance statistique. Cependant, ces données montrent également que le pronostic de l’IDM chez les consommateurs de cannabis est comparable à celui des patients non consommateurs ayant eu un IDM.

 

Aux Etats-Unis, plusieurs études se sont penchées sur les évènements cardiovasculaires associés au cannabis, dont l’usage médical est légalisé dans 33 Etats, ou aux drogues illicites comme la cocaïne. Elles rapportent une incidence accrue d’IDM. Une équipe de Tours a conduit l’analyse des données françaises afin de déterminer un bilan national concernant l’incidence des IDM chez les usagers de drogues illicites et le pronostic associé à ces évènements.

Méthodologie

L’étude a été menée à partir des données du PMSI (Programme de Médicalisation des Systèmes d’Information). Les auteurs ont d’abord recherché sur 5 ans les facteurs de risque d’évènements cardiovasculaires parmi tous les adultes ayant été hospitalisés durant l’année 2013 ; ils ont ensuite identifié tous ceux qui avaient été hospitalisés entre 2010 et 2018 pour IDM, en recherchant dans leur dossier des informations sur leur consommation de drogues illicites, afin de comparer leur pronostic à celui de patients appariés mais non consommateurs.

Principaux résultats

Parmi les 3.381.472 patients hospitalisés en 2013, pour lesquels on disposait de données sur 5 ans, la consommation de plusieurs drogues a été associée à un surrisque de décès cardiovasculaire : celle du cannabis (HR 1,86 [1,56-2,23], p< 0,001), de cocaïne (HR 1,61 [1,22-2,12], p=0,001) et d'opioïdes (HR 1,74 [1,55-1,95], p< 0,001). La consommation de cannabis est notamment le facteur prédictif indépendant d’infarctus du myocarde le plus important (HR 1,32 [1,09-1,59], p= 0,004], alors que la cocaïne et les opioïdes n'étaient pas à risque. In fine, l’analyse multivariée montre que la consommation de cannabis est un facteur de risque plus important que le diabète, indépendamment du tabagisme ou de la polymédication associée.

Dans la seconde partie de l’analyse, les auteurs ont identifié 738.899 patients ayant eu un IDM, dont 0,5% étaient consommateurs de drogues illicites. Ces derniers étaient plus souvent des hommes, plus jeunes et ayant moins de facteurs de risque cardiovasculaire hormis le tabagisme. Ils étaient aussi plus souvent touchés par un STEMI (infarctus du myocarde avec élévation du segment ST) et avaient plus souvent bénéficié d’une angioplastie en phase aiguë. Ils avaient aussi un risque plus faible de mortalité à court terme (4,9% vs 10,1% à 30 jours, p< 0,001). Après appariement, le risque de mortalité toutes causes, d’insuffisance cardiaque ou d’AVC était comparable entre ceux qui étaient consommateurs de drogues et les autres. De même, aucune différence n’a été observée entre consommateurs et non consommateurs, une fois l’analyse menée drogue par drogue.