Bientôt un test sanguin de détection précoce du cancer colorectal ?


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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Dans un travail publié par les PNSA (Proceedings of the National Academy of Sciences of USA), une équipe du CHU de l’hôpital Henri-Mondor (AP-HP, Créteil) en collaboration avec l’Inserm et une équipe de la Mayo Clinic (États-Unis) a montré que la transplantation de flore fécale de patients ayant un cancer colorectal chez la souris entraînait des lésions et des modifications épigénétiques caractéristiques du développement d’une tumeur maligne. L’identification des modifications du microbiote chez les patients malades a permis la mise au point d’un test sanguin de détection précoce du cancer colorectal.

Dans un premier temps, 136 souris ont reçu par transplantation des selles fraîches en provenance soit de neuf patients ayant un cancer colorectal, soit de patients sans anomalie colique. Au bout de 7 et 14 semaines, les souris ayant reçu des selles de patients avec un cancer colorectal ont développé des lésions précancéreuses (cryptes aberrantes). Chez ces souris, l’ADN des cellules intestinales n’était pas remanié, mais comportait un plus grand nombre de gènes hyperméthylés que celui des cellules intestinales des autres souris, signant un mécanisme épigénétique. 

Dans une étude pilote chez 266 patients, le niveau de méthylation de trois gènes de l’ADN circulant dans le sang (définissant un index cumulé de méthylation) était étroitement associé avec les modifications du microbiote intestinal repérées dans l’étude précédente. Une étude de validation menée chez 1.000 patients a confirmé que cet index était un facteur prédictif de risque de cancer colorectal.

Les auteurs de l’étude en tirent deux conclusions importantes. D’une part, il est possible d’envisager un test sanguin et/ou fécal de détection précoce du cancer colorectal. D’autre part, un des mécanismes de ce cancer serait d’ordre épigénétique et non génétique. Comme le souligne le premier auteur, le Pr Iradj Sobhani, dans une vidéo Dailymotion, cela signifie qu’il est possible d’inverser l’évolution vers le cancer en modifiant le microbiote intestinal des patients. D’une manière générale, il resitue ce travail dans la perspective de compréhension des facteurs environnementaux sur l’apparition des tumeurs, après avoir rappelé l’augmentation très importante de l’incidence du cancer colorectal en quelques dizaines d’années.