Bénéfice-risque du baclofène : des données en vraie vie en direct de l’hôpital


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

 

Longtemps utilisé à titre compassionnel ou hors AMM, le baclofène fait aujourd’hui l’objet d’une Recommandation Temporaire d’Utilisation (RTU) chez les patients alcoolo-dépendants afin de réduire la consommation d’alcool ou de favoriser/maintenir l’abstinence. Il constitue chez ces sujets une alternative intéressante et efficace par rapport à d’autres traitements, souvent mal tolérés. Ceci est particulièrement vrai concernant les sujets atteints de cirrhose pour lesquels ces objectifs constituent une urgence relative.

Deux équipes franciliennes viennent de compiler les données d’efficacité et de tolérance obtenus chez leurs patients alcoolo-dépendants, cirrhotiques ou non, après un an de traitement. Ces résultats sont intéressants à évoquer, notamment à la suite de la publication de l’étude épidémiologique de la Cnamts en juillet dernier qui remettait en cause la sécurité des fortes doses de baclofène dans cette population.

Méthodologie

  • Cette étude ouverte et prospective a été conduite auprès de 100 patients reçus consécutivement dans les deux services d’hépatologie participants (hôpitaux de Creil et de Créteil) entre juin 2010 et octobre 2013 : ils avaient initié un traitement par baclofène pour réduire leur consommation d’alcool ou pour obtenir ou maintenir l’abstinence. Il pouvait s’agir de patients hospitalisés ou reçus en consultation.

  • La prise en charge médicale était faite par un addictologue, ou un tandem hépatologue-addictologue en cas de cirrhose. Parallèlement, un accompagnement psychologique était systématiquement proposé.

  • Le baclofène était initié à une posologie de 15 mg/jour et était lentement augmentée de 10 mg tous les 3 jours jusqu’à obtention d’une indifférence vis-à-vis de l’alcool.

  • Le suivi des patients était planifié à 1, 3, 6, 9 et 12 mois, avec une évaluation clinique et biologique (marqueurs de la consommation d’alcool et de la fonction hépatique).

Résultats

  • Globalement, 65 des 100 patients inclus étaient cirrhotiques, dont un-tiers de cirrhose décompensée. L’âge moyen était de 53,0 ans et 74% étaient des hommes.

  • Après un an, 86% des patients étaient toujours sous traitement : la dose médiane utilisée était de 40 mg/jour, mais au total, 15 seulement dépassaient les 90 mg/j dont 8 recevaient plus de 120 mg/j.

  • Globalement, 77% des patients déclaraient avoir réduit de moitié leur consommation d’alcool au cours des 12 mois. La valeur médiane de cette consommation était passée de 80 à 0 g/jour pour l’ensemble des patients, et de 93 à 0 g/j chez les seuls sujets cirrhotiques.

  • Deux groupes de patients ont été identifiés : le groupe de 64 sujets ayant atteint une faible consommation d’alcool (≥30 g/j) comportait notamment 44 abstinents, confirmés par les données biologiques (AST, gamma-GT, VGM…). Le second groupe (n=23), conservant une forte consommation rassemblait notamment 12 sujets perdus de vue et 2 sujets décédés (sans lien avec le baclofène). La posologie moyenne de baclofène était plus faible dans le premier groupe (40 vs 55 mg/j) reflétant une résistance au traitement du second groupe ou encore une augmentation des posologies pour cause d’efficacité insuffisante.

  • En termes de tolérance, aucun abus ou surdosage ni aucun évènement indésirable grave -rénal, hépatique ou neurologique - n’a été identifié au cours des 12 mois. Les évènements indésirables qui ont été rapportés étaient à type de vertige (12 cas) ou de somnolence (7 cas).

  • Chez ceux qui présentaient une cirrhose et qui appartenaient au groupe ayant une faible consommation d’alcool (n=41), les paramètres biologiques hépatiques étaient globalement améliorés. De plus, le score de Child Pugh était passé de C à B pour 2 patients, de C à A pour 3 patients et de B à A pour 5 patients.

Limites

Des biais inhérents à la nature observationnelle et ouverte de cette étude ont pu survenir.

À retenir

Cette étude prospective observationnelle décrit l’efficacité et la tolérance du baclofène en vraie vie, au sein de services spécialisés dans la prise en charge de sujets alcoolo-dépendants. Elle montre tout d’abord la bonne adhésion des patients à la prise en charge par le baclofène, sans doute renforcée par l’organisation des services investigateurs auprès de ces patients et par la sévérité de l’atteinte hépatique. Elle montre aussi qu’une forte diminution de la consommation ou une abstinence peuvent être atteintes en vraie vie, sans sur-risque lié à la tolérance, y compris chez les patients cirrhotiques.

Les données de l’étude semblable OBADE, initiée au niveau national par l’ANGH (Association Nationale des Hépato-Gastroentérologues des Hôpitaux Généraux) en mars 2015, prolongeront sans doute cette première étude. Elles seront également intéressantes à évaluer en regard de l’étude épidémiologique de la Cnamts.