Bactéries hautement résistantes émergentes (BHRe) : des objectifs nationaux majoritairement non atteints en 2018


  • Caroline Guignot
  • Actualités Médicales
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Messages principaux

  • En 2018, le nombre de notifications d’infections à bactéries hautement résistantes émergentes (BHRe) était en hausse: le nombre de cas liés aux entérobactéries productrices de carbapénèmases (EPC) et de ceux liés à Enterococcus faecium résistant aux glycopeptides (ERG) était respectivement multiplié par 6 et par 3 depuis 2012.

  • Si cette tendance est en partie liée à une plus forte mobilisation des établissements dans l’activité de notification, notamment grâce à la fiche spécifique de signalement disponible depuis septembre 2017, il est certain qu’elle reflète aussi une augmentation du nombre de cas.

En 2019, la fréquence des BHRe était en croissance dans différents pays d’Europe, dont la France [1]. La surveillance de ces infections, pour lesquelles la prise en charge est extrêmement complexe, est déterminante pour connaître l’efficacité des mesures de prévention et les adapter si nécessaire. Santé publique France et le Centre national de référence (CNR) Résistance aux Antibiotiques ont colligé leurs données dans un article récemment paru dans Médecine et Maladies Infectieuses .

Des objectifs Propias majoritairement non atteints

En 2018, plus de 1.704 et 315 cas de colonisation ou infection par une EPC ou un ERG ont été notifiés en France, essentiellement par les hôpitaux universitaires (45%) ou non universitaires (34%). Ainsi, ces notifications ont respectivement augmenté de 23% et 24,5% par rapport à 2017, et le nombre de structures touchées a augmenté respectivement de 66% et 57% par rapport à 2012. Toutes les régions françaises étaient concernées, avec une hétérogénéité régionale significative. Pour 43% et 49% des notifications d’EPC et d’ERG, un lien avec un voyage à l’étranger était identifié.

In fine, les objectifs du programme national Propias concernant la maîtrise des BHRe - proportion d’épisodes avec cas secondaires ≤10%, proportion de cas secondaires sur l’ensemble des cas de BHRe ≤20% - n’ont pas été atteints pour les ERG (18 % et 43%). Seul le second concernant les EPC l’a été (12% et 18%).

CNR : une activité et un nombre de souches résistantes en hausse

Les données du CNR Résistance aux antibiotiques ont, elles, montré que la proportion de souches EPC parmi les souches reçues avait augmenté de 21,3 à 66,5% entre 2012 et 2018.

Par ailleurs, 83,6% des souches d'entérocoques reçues au laboratoire pour expertise étaient des ERG en 2018, majoritairement E. faecium (98,3%), soit une proportion accrue depuis 2012. Le gène vanA était majoritaire (67%), puis le gène vanB (32%). Au total, 98% de toutes les souches d’ E. faecium étaient résistantes à l’ampicilline et 18,6% de l’ensemble des entérocoques avaient une sensibilité diminuée au linézolide.

Enfin, concernant les EPC, le nombre de souches soumises pour analyse a été multiplié par 8,3% entre 2012 et 2018 (n=2.673). La majorité appartenait aux espèces K. pneumoniae (33,2%), E. coli (31,7%), C. freundii (13,9%) et E. cloacae (10,2%) et les principales β-lactamases identifiées étaient OXA-48 (71,8%), puis une métallo-β-lactamase de type NDM (15,7%). La résistance à la colistine restait minoritaire (5,1% des EPC reçues).

Le Haut Comité à la Santé Publique (HCSP) a émis de nouvelles recommandations relatives à la maîtrise de la diffusion des bactéries hautement résistantes aux antibiotiques émergentes (BHRe) en novembre dernier [2] dont il s’agira de suivre l’influence au niveau national.