Baclofène : alerte de l’ANSM sur les fortes doses


  • Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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Le baclofène est un relaxant musculaire initialement indiqué dans les contractions musculaires involontaires d’origine neurologique. Son usage s’est élargi en dehors de son indication première il y a quelques années pour traiter des patients dépendants à l’alcool. Ces évolutions ont conduit la CNAMTS, l’ANSM et l’Inserm à documenter l’exposition de la population française au Baclofène dans ses différents usages entre 2009 et 2015. L’étude a également évalué la sécurité d’utilisation du Baclofène dans la « vraie vie », notamment à fortes doses.

Méthode

L’étude a porté sur la totalité des patients affiliés au Régime Général de l’Assurance Maladie, soit 77% de la population française. Les données ont été appariées aux causes de décès répertoriées par le Centre épidémiologique sur les causes médicales de décès (CépiDc) sur la période étudiée. Tous les nouveaux utilisateurs de Baclofène et les patients débutant un traitement pour des problèmes liés à l’alcool ont été identifiés. Chez les utilisateurs de Baclofène, une stratification a été établie en fonction de l’usage, neurologique ou « hors neurologie » (et supposés liés à des problèmes d’alcool).

La sécurité de l’utilisation du Baclofène dans son indication « hors neurologie » a ainsi pu être comparée à celle des traitements disposant d’une AMM pour les problèmes d’alcool (acamprosate, naltrexone, nalméfène et disulfiram). L’analyse était restreinte aux patients de moins de 70 ans, sans pathologie majeure, dont le traitement avait été instauré par un médecin généraliste, un médecin salarié ou un psychiatre et ayant eu au moins deux délivrance du traitement.

Résultats

·       Plus de 213.000 personnes ont reçu du Baclofène en France, dans le cadre d’une utilisation « hors neurologie » entre 2009 et 2015. Une augmentation des instaurations annuelles de Baclofène hors AMM a été observée dès 2009, avec un pic en 2014 lorsque cette molécule a reçu une RTU autorisant des doses pouvant aller jusqu’à 300 mg par jour pour traiter la dépendance à l’alcool.

·       Une part significative de ces usages « hors neurologie » était également hors RTU, concernant notamment les démences et les pathologies rachidiennes. Et plus de 5% des patients traités par Baclofène « Hors neurologie » avaient plus de 80 ans.

·       Sur le plan de la sécurité, l’utilisation « hors neurologie » a été associée à un risque accru d’hospitalisation et de décès par comparaison aux traitements disposant d’une AMM pour les problèmes d’alcool. L’augmentation du risque était dépendante de la dose :

·       À faible dose (

·       Aux doses modérées (30 à 75 mg/j), ce risque était déjà augmenté de 41%.

·       Mais au-delà de 75 mg/j, les risques d’hospitalisation et de décès augmentaient fortement de 15% pour les hospitalisations et de 50% pour les décès, pour des doses comprises entre 75 et 180 mg/j, et de façon encore plus importante pour des doses supérieures à 180 mg/j, avec un risque d’hospitalisation de +46% et de décès de +127%.

Limitations

·       L’exposition au Baclofène a été évaluée sur la base de la délivrance du médicament, ce qui peut avoir sous-estimé les excès de risque.

·        Les données de délivrance ne permettaient pas d’estimer la dose de médicament ni les seuils de risque de façon précise.

·        L’absence de données socio-économiques fines ne permettait pas d’ajustement sur de potentiels facteurs de confusion.

À retenir

Cette étude dans la « vraie » vie fait état d’une utilisation élargie du Baclofène au-delà de son indication neurologique, qui rend compte de son usage hors AMM dans les problèmes liés à l'alcool depuis 2009, mais aussi d’usages hors RTU.

Concernant la sécurité, les résultats confirment ceux de précédentes études et alertent sur le profil préoccupant du Baclofène dans son usage « hors neurologie », en particulier aux fortes doses. Les risques d’hospitalisation et de décès sont accrus de façon significative par rapport aux médicaments disposant d’une AMM dans les problèmes d’alcool. Ces résultats ont conduit l’ANSM à revoir la RTU du Baclofène en divisant par trois la dose maximale autorisée dans le traitement des problèmes d’alcool (80 mg/j au lieu des 300 mg/j dans la RTU de 2014). Les patients qui recevaient jusqu’ici des doses supérieures devront être revus par leur médecin et initier une réduction de la posologie par palier pour éviter tout risque de syndrome de sevrage.

Plusieurs experts se sont cependant élevés contre cette limitation et ont adressé une lettre ouverte au directeur de l’ANSM. Ils critiquent notamment la méthodologie de l’étude et la non prise en compte des données d’efficacité montrant l’intérêt des fortes doses. Selon eux, des études plus adaptées à l’évaluation de la sécurité de cette molécule sont indispensables.