PUBLICITÉ

Avec ou sans bouche-à-bouche…quelle est la meilleure des réanimations ?


  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles

La réanimation cardio-respiratoire (RCR) comprend à la fois des compressions thoraciques et des insufflations d’air, par bouche-à-bouche par exemple, à raison d’un rapport fixe tel que 2 respirations toutes les 30 compressions ou de manière continue sans interrompre les compressions thoraciques. Des études montrent que les compressions thoraciques continues sont essentielles pour la survie et que les interrompre pour un bouche-à-bouche pourrait augmenter le risque de décès. Mais quelle technique est la plus efficace sur la survie de l'individu et sur les fonctions neurologiques ? Une revue Cochrane tente d’apporter une réponse…

Méthodologie

  • Revue Cochrane basée sur des essais cliniques randomisés identifiés par les bases de données Cochrane, Medline, Embase, Web of Science, entre 1985 et février 2017.
  • Tous les essais randomisés et quasi-randomisés ayant évalué des adultes et des enfants souffrant d’un arrêt cardiaque extra-hospitalier toutes causes confondues, sans asphyxie, et ayant comparé l’effet de la compression thoracique continue (avec ou sans insufflation d’air) à la compression thoracique interrompue par des insufflations d’air (réalisées par des témoins sans formation ou par du personnel ambulancier) ont été inclus.

Résultats

  • Les analyses portent sur quatre études : trois comparant les deux techniques de réanimation (continue et discontinue) réalisées par des témoins sans formation (3.737 participants) et guidés par des instructions téléphoniques, et une étude comparant les deux approches lorsqu’elles étaient réalisées par du personnel ambulancier (23.711 participants) en dehors de l’hôpital.
  • Lorsque la réanimation cardio-respiratoire était réalisée par des témoins sans formation spécifique :
    • Les résultats ont montré que les compressions thoraciques continues sans insufflations d'air amélioraient le taux de survie à la sortie de l’hôpital par rapport aux compressions thoraciques interrompues par des insufflations d'air (ratio 15:2) de 2,4% (14% vs 11,6%, RR de 1,21 [IC95% : 1,01-1,46], 3 études, 3.031 participants, haut niveau de preuve).
    • Un essai s’est intéressé au taux de survie lors de l’admission hospitalière, mais le nombre de participants était trop faible pour être certain de l’effet des différentes stratégies de traitements (RR de 1,18 [IC95% : 0,94-1,48], 1 étude, 520 participants, niveau de preuve modéré).
    • Aucune donnée concernant la survie à un an, la qualité de vie, le retour de la circulation spontanée ou les effets indésirables n’était disponible.
    • L’impact des différentes stratégies de traitement sur les conséquences neurologiques lors de l’hospitalisation ne bénéficiaient pas d’un niveau de preuve suffisant (RR de 1,25 [0,94-1,66], 1 étude, 1.286 patients, niveau de preuve modéré).
    • La proportion de participants classés comme ayant des performances cérébrales modérées ou bonnes était de 11% après un traitement par compressions interrompues par des insufflations d'air et de 10 à 18% pour les compressions cardio-pulmonaires continues sans insufflation d'air.
  • Lorsque la réanimation cardio-respiratoire était réalisée par du personnel qualifié :
    • Un essai a évalué la réanimation cardio-pulmonaire réalisée en dehors de l'hôpital par du personnel ambulancier, sur 23.711 participants qui recevaient soit des compressions thoraciques continues (100/min) avec insufflations d'air asynchrones (10/min) ou des compressions thoraciques interrompues par des insufflations d'air (ratio 30:2).
    • Cet essai était globalement à faible risque de biais. 
    • La survie à l'admission à l'hôpital et à la sortie de l'hôpital était inférieure chez les sujets ayant reçus des compressions thoraciques continues avec insufflations d'air asynchrones par rapport à ceux ayant reçu des compressions interrompues par des insufflations d'air : respectivement 24,2% vs 25,3%, -1,3% [-2,4 à 0,1], niveau de preuve élevé et 9,0% vs 9,7%, -0,7% [-1,5 à 0,1%], preuves de qualité moyenne. Le taux de survie à un an et la qualité de vie n’ont pas été évalués.
    • Le pourcentage de reprises spontanées de la circulation sanguine serait légèrement plus faible lors des compressions thoraciques continues associées à des insufflations d'air asynchrones vs la seconde technique (24,2% vs 25,3%; -1,1% [-2,4 à 0,1], preuves de bonne qualité.
    • Peu de différences ont été mises en évidence en ce qui concerne les résultats neurologiques à la sortie de l’hôpital, entre ces deux démarches de réanimation (7,0% vs 7,7% ; -1,6 [-1,4 à 0,1], preuves de bonne qualité.
    • Les taux d’évènements indésirables étaient plus faibles chez les sujets traités par compressions thoraciques continues associées à des insufflations d’air asynchrones par rapport aux sujets traités par des compressions thoraciques interrompues par des insufflations d’air : respectivement 54,4% vs 55,4%, -1% [-2,3 à 0,4], niveau de preuve de qualité modérée.
À retenir

La réanimation cardio-pulmonaire continue seule, administrée par des témoins sans formation, soutenus par des instructions téléphoniques, permettait une augmentation de la survie par rapport à la réanimation alternant cardio-compression et insufflations d'air. Les conséquences sur les fonctions neurologiques et la survenue d’effets secondaires ne sont cependant pas connues.

Lorsque la réanimation cardio-pulmonaire en dehors de l'hôpital, est effectuée par du personnel ambulancier, la compression continue associée à la ventilation artificielle asynchrone ne permet pas d’obtenir un meilleur taux de survie en hospitalisation que la compression interrompue par des insufflations d'air. Les conséquences neurologiques et le retour de la circulation spontanée lors de l’hospitalisation seraient légèrement plus faibles après une réanimation par compression continue avec insufflations d'air asynchrones, avec potentiellement moins d’effets indésirables.