Automédication : les étudiants prennent-ils des risques ?


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Messages principaux

  • L’automédication serait une pratique répandue parmi 95% des jeunes étudiants Français, selon une enquête conduite auprès de 1.257 étudiants de l’université de Picardie. Ils déclarent pour moitié recourir à un médicament ayant fait l’objet d’une prescription préalable, mais il s’agissait fréquemment de médicaments inscrits sur liste.

  • Les étudiants en santé avaient plus souvent recours à l’automédication, notamment avant les examens, et en particulier concernant les médicaments soumis à prescription obligatoire.

Si différents travaux se sont penchés sur le recours à l’automédication parmi la population française en général ou, plus spécifiquement, dans certaines franges de la population, il existe peu de données concernant les jeunes adultes. Une équipe de l’Université de Picardie a mené une enquête transversale auprès de ses étudiants entre mars et juin 2019. Leur objectif était de dresser un état des lieux de leur recours à l’automédication ainsi que de leurs connaissances concernant les risques associés.

Les étudiants en santé ont plus souvent recours à l’automédication

Le questionnaire pouvait être rempli par les volontaires via un formulaire anonyme disponible en ligne. Au total, 1.257 étudiants ont participé, dont 78,2% de femmes (âge médian 21 ans) parmi lesquels 56,9% étaient des étudiants dans le secteur de la santé et 50,4% avaient au moins un professionnel de santé dans leur famille ou proches.

Au total, 95% ont déclaré s’être déjà automédiqué, dont 36,9% au moins une fois par mois et 13,4% au moins une fois par semaine, ces chiffres étant statistiquement supérieurs parmi les étudiants en santé que parmi les autres. Les trois quarts utilisaient l’automédication car ils estimaient que leurs symptômes ne justifiaient pas une consultation. Par ailleurs, 11,7% utilisaient une automédication avant un examen, les trois quarts d’entre eux étant des étudiants dans le domaine de la santé.

Ils étaient 841 à déclarer s’être automédiqués au cours du mois précédent, principalement pour des douleurs (n=769), de la fièvre (n=313), ou moins souvent pour du stress ou de l’anxiété (n=98), des troubles du sommeil (n=96) ou des nausées ou des vomissements (n=69).

Parmi ceux qui s’automédiquaient, la moitié avaient recours à des médicaments d’une ancienne prescription, dont 44,3% étaient des traitements disponibles uniquement sur prescription (principalement des antalgiques, des antibiotiques et des psycholeptiques majoritairement anxiolytiques). Le risque de recourir à des médicaments inscrits sur liste était associé au sexe féminin, d’être étudiant en santé ou d’avoir un professionnel de santé dans son entourage et, plus encore, d’avoir connu un épisode de stress dans le mois précédent.

Des risques parfois méconnus, y compris chez les étudiants en santé

Parmi les différentes assertions soumises aux étudiants afin de connaître leur niveau de connaissance, les principales erreurs concernaient le fait de considérer la contraception orale comme n’étant pas un médicament, le fait de ne pas savoir que des interactions peuvent exister entre les médicaments et l’alcool et le fait que les tranquillisants puissent être utilisés en automédication (24,8%, 15,5%, 5,5% respectivement). Au total, un étudiant en santé sur 5 avait donné au moins une réponse fausse au questionnaire.

Les risques de décès, d’hospitalisation et d’interactions médicamenteuses liés à l'automédication étaient connus par respectivement 11,5%, 7% et 4,1% de tous les étudiants participants.