Auto-immunité liée au diabète de type 1 et risque allergique : quels liens ?

  • Krischer JP & al.
  • Diabetologia
  • 18 juin 2020

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Messages principaux

  • Le développement d’auto-anticorps relatifs au diabète de type 1 est associé à un risque réduit de développer une pathologie allergique (asthme, eczéma, rhinite allergique), selon le suivi à 10 ans d’une cohorte d’enfants issus de parents dont au moins l’un est diabétique de type 1. 

 

L’allergie et le diabète de type 1 partagent quelques caractéristiques communes : prédisposition familiale, mécanismes auto-immunitaires, rôle de facteurs environnementaux… Afin d’explorer s’il existe un lien entre l’incidence des deux pathologies, des chercheurs ont utilisé les données de suivi entre l’âge de 9 et 11 ans des nouveau-nés qui avaient participé à l’étude internationale TRIGR : celle-ci avait évalué l’intérêt d’une formule de lait infantile hydrolysé dans la prévention du développement du diabète de type 1 chez des enfants dont au moins un des parents était touché par la maladie (2.159 enfants dans 15 pays, 52,9% de garçons) pour lequel un génotypage HLA permettait d’identifier les sujets à risque (23,9% de haut risque, 44% de risque modéré). Ce travail, comme d’autres, avait décrit un rapport inverse entre la prévalence de certaines pathologies allergiques et celle du diabète de type 1 dans les différents pays participants.

Dans ce travail mené entre 2002 et 2007, les enfants avaient été randomisés entre une formule classique et une formule hydrolysée. L’incidence du diabète de type 1, ainsi que de l’asthme, la rhinite allergique et l’eczéma (questionnaire ISAAC) avait été évaluée sur les données de suivi à 10 ans. Les différents anticorps ont été dosés : anticorps anti-îlots de Langerhans (ICA, islet cell antibody ), anti-insuline (IAA, Insulin autoantibodies), anti-GAD (GADA), tyrosines phosphatases (IA-2A), anti-transporteur de zinc (ZnT8A).

Une relation inverse pour les trois pathologies allergiques

Parmi les enfants de cette cohorte, l es taux d'incidence cumulée de l'eczéma, de la rhinite allergique et de l'asthme étaient respectivement de 22% [18,5-25,7], 9% [6,8-11,2] et 7,5% [3,8-11,2] chez les enfants à l’âge de 9-11 ans. Parmi ceux ne présentant aucun auto-anticorps (n=599), l es taux d'incidence cumulée de l'eczéma, de la rhinite allergique et de l'asthme étaient respectivement de 33, 14 et 12,4%. Le risque de développer chacune de ces trois pathologies était associé à la présence d’antécédents familiaux de la maladie. Par ailleurs, le risque d'asthme était significativement plus élevé si un eczéma avait été diagnostiqué 6 mois plus tôt ou au cours des 6 premiers mois de vie.

Après exclusion des auto-anticorps IA- 2A et ZnT8A (trop faible effectif), l’existence d’une auto-immunité relative au diabète était significativement associée à une réduction du risque d'asthme ou d'eczéma, quel que soit l'auto-Ac considéré (HR compris entre 0,13 et 0,18). Cependant, seuls les ICA étaient inversement associés au risque de rhinite allergique sur le plan statistique. Les IAA ou les GADA lorsqu’ils étaient les premiers à être apparus étaient inversement associés au risque d’eczéma (HR 0,29 et 0,33 respectivement).

La réduction du risque d’allergie en cas de détection d’ICA était confirmée par l’analyse multivariée (HR 0,24, 0,40 et 0,27 respectivement pour l'asthme, la rhinite allergique et l'eczéma,). L’apparition de plusieurs catégories d’auto-anticorps n’était associée qu’à la réduction du risque d’asthme et de rhinite allergique. Les antécédents familiaux (un ou deux parents) étaient associés à un risque significativement plus élevé pour les trois diagnostics allergiques.

Cette étude présente des limitations, et notamment le fait que la population incluse soit pas représentative d’un sous-groupe d’enfants et de mères très sélectionné, non représentatifs de la population générale. Pour autant, elle permet de préciser les observations épidémiologiques rapportant un taux plus faible de pathologies allergiques dans les pays où la prévalence de diabète de type 1 est plus élevée, par rapport à ceux où cette dernière est moins développée.