Augmentation des cas d’anaphylaxie alimentaire chez le jeune enfant

  • Wintrebert G et al.
  • Revue Française d'Allergologie
  • 8 janv. 2021

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • L’analyse des données du Réseau d’Allergo-Vigilance montre que le nombre de cas d’anaphylaxie alimentaire a plus que doublé entre 2002 et 2019 chez les enfants de 0 à 4 ans.
  • De 0 à 1 an, le lait de vache et les œufs sont les allergènes les plus souvent incriminés.
  • Entre 1 et 4 ans, ce sont l’arachide, la noix de cajou et la pistache qui sont les causes les plus fréquentes d’anaphylaxie alimentaire et l’augmentation du nombre de cas dans le temps apparaît comme inquiétante car elle a tendance à persister et est pourvoyeuse de cas sévères.
  • Les cas de polyallergie et de polysensibilisation sont également en augmentation.
  • Les auteurs appellent à la mise en place de nouvelles recommandations pour améliorer la prévention primaire et incitent à rechercher de façon plus systématique dans les bilans d’anaphylaxie alimentaire, les associations les plus fréquemment retrouvées : arachide et noix de cajou/pistache, arachide et noisette et noix de cajou/pistache et noisette.

 

L’incidence de l’anaphylaxie s’accroît depuis plusieurs années, en particulier chez les jeunes enfants. Chez les moins de 6 ans, la cause de l’anaphylaxie est d’origine alimentaire dans la majorité des cas. Les cas de polysensibilisation et de polyallergie sont également en augmentation chez le très jeune enfant, surtout en lien avec l’arachide et les fruits à coque. Pour objectiver cette tendance en France et rechercher les moyens d’améliorer la prévention primaire, des chercheurs du service de pédiatrie générale et spécialisée de l’hôpital Américain de Reims ont analysé tous les cas d’anaphylaxie alimentaire chez les enfants de 0 à 4 ans déclarés au Réseau d’Allergo-Vigilance (RAV) entre 2002 et 2019. Rappelons que ce réseau répertorie tous les cas d’anaphylaxie de grade 2 minimum, signalés par les allergologues francophones (France, Belgique, Luxembourg) depuis 2002.

Résultats

Fin octobre 2019, 392 cas d’anaphylaxie alimentaire avaient été répertoriés chez 389 enfants de 0 à 4 ans. Le nombre de cas annuels a plus que doublé entre 2002 (n=12) et 2019 (n=27), en particulier après 2012, concernant plus souvent les garçons (64%) et la tranche d’âge de 24 à 36 mois (30%).

Les principaux allergènes incriminés étaient l’arachide (24%), la noix de cajou et la pistache (23%) et le lait de vache (15%), avec une distribution différente selon les tranches d’âge :

  • Entre la naissance et 1 an, le lait de vache était la cause de 51% des cas d’anaphylaxie, suivi par l’œuf (26%) ;
  • Entre 1 et 4 ans, l’arachide, la noix de cajou et la pistache étaient les allergènes les plus fréquemment retrouvés (47,5%), avec une nette augmentation des cas liés aux noix de cajou et aux pistaches au fil du temps ;
  • Plus d’un quart des enfants présentaient plus de 2 allergies ou sensibilisation (26%).
  • Parmi les cas d’anaphylaxie à la noix de cajou ou aux pistaches, les co-allergènes les plus fréquents étaient l’arachide et la noisette.
  • Parmi les patients polysensibilisés, les allergènes les plus souvent retrouvés étaient la noisette, l’arachide et les autres fruits à coque.
  • Chez les enfants de 12 mois ou moins, les cas de polysensibilisation se sont multipliés après 2010, alors qu’ils étaient rares auparavant. 

Limitations

L’augmentation des cas d’anaphylaxie observée dans ces travaux est probablement sous-estimée en raison de la forte baisse des déclarations des cas au RAV ces dernières années.

L’augmentation des cas de polysensibilisation et de polyallergie pourrait être liée en partie à une amélioration de la collecte des données par les allergologues ou par l’évolution des pratiques (recherche systématique se sensibilisations associées en cas d’allergie à l’arachide ou aux fruits à coque.