Augmentation de la fréquence des maladies respiratoires non infectieuses chez les patients VIH

  • Maitre T & al.
  • Eur Respir J
  • 1 sept. 2018

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir

  • Entre 2007 et 2013, la fréquence des maladies respiratoires d’origine non infectieuse a augmenté de 45,6% à 54,7%, alors que celle d’origine infectieuse est passée de 67,9% à 61,8%. Pris pathologie par pathologie, ces chiffres étaient influencés par le stade clinique (sida/non sida) et l’âge du patient.

  • Les auteurs soulignent la fréquence élevée de l’ensemble des maladies respiratoires chez les personnes qui vivent avec le VIH (PVVIH), qui concernent ainsi plus d’un sujet sur 4. Ils remarquent également que les disparités observées entre patients VIH avec ou sans sida pourraient découler de la forte charge virale et des microorganismes opportunistes.

  • Face à ces résultats, les auteurs préconisent qu’un dépistage des maladies pulmonaires soit proposé systématiquement aux PVVIH, de la même façon que ce qui est aujourd’hui proposé pour les pathologies cardiovasculaires et endocrines.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Depuis que le traitement précoce par thérapies antirétrovirales est recommandé dans la prise en charge des patients VIH, une évolution de l’épidémiologie de certaines pathologies, notamment respiratoires, a été avancée dans différentes études, avec parfois des conclusions contradictoires. Cette étude visait à obtenir des chiffres de prévalence spécifiques à la population française.

Méthodologie

Ce travail a été mené à partir des données 2007-2013 du PMSI : tous les patients de 18 ans ou plus qui étaient infectés par le VIH et qui ont été hospitalisés durant au moins 1 jour ont été inclus dans l’analyse. Une seconde analyse a été menée sur un suivi de 4 ans afin d’évaluer l’association entre le VIH et le risque de pathologie respiratoire non infectieuse, par rapport à des sujets non VIH.

Principaux résultats

  • Au total, parmi les 52.091 PVVIH hospitalisées entre 2007 et 2013, 26,0% ont été diagnostiqués avec au moins une maladie pulmonaire, un chiffre qui était relativement constant au cours du temps. En revanche, la proportion des maladies pulmonaires non infectieuse a augmenté de 45,6% à 54,7% (p

  • En 2013, les pathologies pulmonaires non infectieuses les plus fréquentesétaient la BPCO (4,61%), puis l'emphysème (1,57%), l'insuffisance respiratoire chronique (1,55%), le cancer du poumon (1,48%), l’apnée obstructive du sommeil (1,39%), l’asthme (1,33%) et l’embolie pulmonaire (1,30%). L’hypertension artérielle pulmonaire (HAP), le pneumothorax et la fibrose pulmonaire étaient plus rares (0,66%, 0,53% et 0,27% respectivement). Hormis l’asthme et l’HAP, toutes avaient vu leur incidence augmenter au cours de la période d’analyse.

  • L'analyse comparative de l’incidence au cours du temps des maladies pulmonaires non infectieuses des PVVIH vs des non PVVIH hospitalisés en 2010 (4.328 VIH- sida, 5.739 VIH-non sida, 8.244.682 non VIH) a montré que l'infection par le VIH-non SIDA était associée à un risque de maladie pulmonaire non infectieuse chez les 18-49 ans uniquement (HRa : 1,6 [1,1–2,4]), après ajustement sur le sexe, le tabagisme et les co-infections VHB-VHC. L’augmentation du risque variait en fonction de la maladie et de l’âge considérés. Ainsi, le VIH -non SIDA était un facteur associé à la BPCO, l’insuffisance respiratoire chronique, l’emphysème et l’HAP alors qu’elle était uniquement associée à l'emphysème et l'HTAP chez les 50-69 ans. Il n’y avait pas d’association entre VIH -non SIDA et le cancer du poumon ou l'asthme tandis que l’association était inverse entre VIH- non SIDA et apnée du sommeil chez les 30 - 69 ans (HR 0,6 [0,4-0,8]).

  • La même analyse menée pour les sujets VIH-sida montre que le risque de présenter au moins une maladie respiratoire non infectieuse est accru dans toutes tranches d’âge (HRa 1,4 à 2,2 selon la tranche d’âge, significatif), après ajustement sur le sexe, le tabagisme et les co-infections VHB-VHC. Comme pour les sujets VIH-non sida, les VIH-sida présentaient une variation des risques selon la maladie ou l’âge considérés. Hormis l’apnée, toutes étaient associées à un risque accru chez les 30-49 ans (HRa compris entre 1,8 et 4,7). Chez les 50 -69 ans, elle était seulement associée au risque d'emphysème et de cancer du poumon, tandis que les plus de 70 ans présentaient un risque accru de fibrose pulmonaire.

Principales limitations

Les données étaient issues de personnes hospitalisées ce qui a pu engendrer une sous-évaluation de pathologies bénignes, moins souvent prises en charge à l’hôpital (asthme, apnée…).