Augmentation de l’espérance de vie : le début de la fin ?


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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En 2018, pour la première fois depuis 1945, le nombre de décès dans la population métropolitaine française a dépassé 600.000 : il s’est élevé à 601.000. Mais dans le même laps de temps, cette population est passée de 40 millions de personnes à 65 millions et la proportion de personnes âgées de 65 ans ou plus de 11% à 20%. Pour tenir compte de ces deux variables dans l’appréciation de la mortalité, les statisticiens utilisent la notion d’espérance de vie à la naissance. Si celle-ci a prodigieusement augmenté depuis la dernière guerre mondiale, elle ne progresse plus que faiblement depuis quelques années. En 2018, elle s’élevait à 79,5 ans pour les hommes et 85,3 ans pour les femmes, soit pour les cinq dernières années un gain de 0,7 an pour les hommes et de 0,4 an pour les femmes, mais depuis 2017 de seulement 0,1 an pour les hommes comme pour les femmes. Or depuis le milieu du XXème siècle et jusqu’à peu, elle s’améliorait de 3 mois par an en moyenne pour les deux sexes. Comment expliquer ce ralentissement ?

Trois causes à écarter

Trois causes peuvent être écartées. Les trois épisodes de grippe saisonnière de ces cinq dernières années ont certes été meurtriers, principalement chez les personnes âgées, mais ils ne rendent compte que d’une faible part de la diminution de l’espérance de vie et restent conjoncturels. La mortalité infantile étant aujourd’hui très basse, tout progrès ne peut avoir que peu d’incidence sur l’espérance de vie. Les gains à attendre du recul des maladies infectieuses sont aujourd’hui faibles, le nombre des décès qu’elles occasionnent ayant beaucoup diminué.

Restent les maladies cardiovasculaires et les cancers. Grâce aux progrès dans la prévention et les traitements (la « révolution cardiovasculaire »), la part des premières dans la mortalité a considérablement diminué. Cependant, il est possible qu’une limite ait été atteinte et que les progrès futurs soient moins spectaculaires.

Le tabagisme féminin, l’ennemi numéro un

En revanche, les cancers sont devenus la première cause de décès, bien que leur mortalité ait baissé, grâce à des diagnostics plus précoces, à l’amélioration des traitements et à la réduction des comportements à risque. C’est sans doute sur ce dernier point que des marges importantes de progrès sont envisageables. Bien entendu, c’est le tabagisme qui est principalement en cause.

En effet, la mortalité par cancer a beaucoup diminué chez les hommes et elle continue de baisser. En revanche, chez les femmes, elle a diminué plus lentement et a même cessé de baisser. Une des principales raisons de ce phénomène est le tabagisme féminin, en hausse dans les années 1950 à 1980 : les femmes qui ont aujourd’hui 50 ans ou plus en paient les conséquences.

Un ralentissement européen

Ce phénomène n’est pas uniquement français. Dans les pays du nord de l’Europe, le tabagisme explique le ralentissement plus précoce de l’espérance de vie des femmes, qui ont commencé à fumer plus tôt que les femmes du sud du continent. Aux États-Unis, cette espérance de vie est même en train de diminuer, dans les deux sexes. Au tabagisme, il faut ajouter comme causes l’obésité, les overdoses d’opioïdes et les difficultés d’accès aux soins pour une part non négligeable de la population.

En France, la lutte contre les cancers est donc prioritaire pour que l’espérance de vie continue d’augmenter. Elle sera peut-être relayée par celle contre les maladies neuro-dégénératives et par des innovations médicales. La meilleure espérance de vie est actuellement celle des femmes japonaises, à 87 ans. Une augmentation est-elle encore possible ?