Asthme : quelle stratégie d’aide au sevrage tabagique privilégier ? (2/2)

  • Underner M & al.
  • Rev Mal Respir
  • 5 janv. 2021

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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Une revue systématique de la littérature dont les résultats sont parus dans le Revue des Maladies Respiratoires a fait le point sur le sevrage tabagique chez les patients asthmatiques. Après avoir abordé les effets délétères du tabac, et les facteurs de succès ou d’échec des tentatives de sevrage tabagique (ST), cet article se penche sur les différentes options thérapeutiques et les données dont on dispose dans cette population. Réduction des symptômes, des doses de traitement d’urgence et de corticoïdes inhalés, amélioration du contrôle de la maladie et de la qualité de vie ...  les bénéfices de l’arrêt à l’exposition tabagique sont tels qu’ils méritent que l’on s’y attèle.

Le graal, une stratégie associant une approche pharmacologique et psychologique

Selon les études dont on dispose, la stratégie d’aide au ST la plus efficace repose sur la combinaison d’un traitement pharmacologique et d’un soutien psychologique (entretien motivationnel, soutien psychologique individuel ou en groupe, thérapie cognitive et comportementale (TCC)).

Sans aide au ST, les chances de succès sont similaires entre les patients asthmatiques et ceux qui ne le sont pas. Mais la sévérité des symptômes de sevrage au premier de jour du  ST est plus importante chez les asthmatiques en lien avec une plus forte dépendance, et la disparition de ces symptômes est également plus lente.

Quid des autres psychologiques et comportementales ?

Les interventions brèves (entretien motivationnel, conseil bref d’arrêt (

Quels sont les résultats des traitements pharmacologiques seuls ?

Les traitements pharmacologiques (substituts nicotiniques (SN), bupropion, varénicline) ont été le plus souvent évalués chez des patients souffrant de BPCO plutôt que d’asthme. Une étude observationnelle grecque a toutefois montré que le taux d’abstinence était similaire chez des patients BPCO, asthmatiques ou témoins, autour de 50% à 3 mois et de 14 à 18% à 12 mois, ce taux étant corrélé à l’observance au programme d’aide au ST. Une autre étude prospective suédoise ayant suivi des patients asthmatiques ou BPCO fumeurs sur 10 ans a montré que, parmi ceux qui avaient eu recours à un traitement pharmacologique d’aide au ST, les taux d’arrêt du tabac n’étaient pas différents entre patients asthmatiques et BPCO.

Les substituts nicotiniques

Parmi les traitements pharmacologiques, les substituts nicotiniques (SN) ont apporté la preuve de leur efficacité au cours du ST en population générale et sont recommandés en première intention par la HAS. La combinaison des patchs avec une forme orale (pastille, gommes, etc.) multiplie par 3,6 les taux d’abstinence par rapport au placebo (36,5% vs 13,8%) contre seulement 23,4% vs 13,8% (x 2 environ) pour les patchs utilisés seuls. Et ces taux sont encore multipliés par deux lorsque le traitement associe des SN par patchs et sous forme orale à un soutien comportemental. Par ailleurs, une durée d’utilisation prolongée sur 5 mois semble réduire le risque de rechute (vs 3 mois). Cependant, peu d’études ont évalué l’efficacité chez les patients asthmatiques spécifiquement. En cas d’utilisation d’un spray buccal chez les fumeurs asthmatiques, il est recommandé de ne pas inhaler lors de la pulvérisation et de ne pas déglutir immédiatement (quelques secondes), afin d’éviter que le produit n’atteigne les bronches (risque de bronchoconstriction selon certains auteurs).

Varénicline, bupropion et cigarette électronique

La varénicline a permis d’obtenir de meilleurs taux d’abstinence que les SN et le bupropion en population générale, et elle est recommandée en deuxième intention par la HAS. Son efficacité a également été reconnue chez les patients atteints de BPCO et ses résultats en population psychiatrique se sont montrés rassurants. Cependant, là aussi, peu d’études ont été menées spécifiquement chez les asthmatiques. Chez de jeunes fumeurs asthmatiques motivés, un taux d’abstinence de 69% a été observé à 12 semaines de suivi contre 36% dans le groupe placebo (p=0,017), mais la différence était perdue à 24 semaines.

L’efficacité du bupropion dans le ST a été démontrée par plusieurs études menées en population générale. Et la HAS le recommande comme la varénicline en seconde intention. Mais la revue n’a identifié aucune étude ayant questionné spécifiquement l’effet du bupropion dans le ST des patients asthmatiques. Enfin, deux revues Cochrane ont montré que la cigarette électronique pouvait être une option pour les patients ne souhaitant pas ou ne pouvant pas avoir recours aux traitements recommandés. Les adolescents asthmatiques y ont d’ailleurs davantage recours que ceux indemnes de la maladie.

La nécessaire prise en charge des parents pour les enfants et adolescents asthmatiques

L’aide au ST des parents fumeurs ayant un enfant asthmatique est essentielle à la prise en charge. Une revue Cochrane a mis en évidence que des entretiens motivationnels et des interventions intensives sont efficaces pour réduire leur tabagisme (à l’inverse des simples programmes d’éducation ou des conseils). Notamment, les entretiens motivationnels, associés à la mesure du tabagisme parental actif (CO expiré) ou de l’exposition environnementale des enfants (dosage des marqueurs du tabagisme dans l’air), augmentaient le taux d’abstinence chez les parents non motivés à l’arrêt par rapport à des interventions plus modérées, le rapprochant de celui obtenu avec des parents fumeurs motivés à l’arrêt du tabac.

 

 

1. Fiore MC et al. 2008 PHS Guideline update panel, liaison, and staff. Treating tobacco use and dependence : 2008 update US. Public Health  Service Clinical Practice Guideline executive summary. Respir Care 2008 ;53 :1217-22.