Asthme : les facteurs de réussite du sevrage tabagique (1/2)

  • Underner M & al.
  • Rev Mal Respir
  • 4 janv. 2021

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

L’évaluation du statut tabagique est essentielle chez les asthmatiques car le tabagisme a de nombreux effets délétères sur l’évolution de la maladie. Et cela va d’un moins bon contrôle de l’asthme jusqu’à un risque de décès augmenté, sans compter l’impact sur la qualité de vie.

Il est important de savoir repérer les facteurs favorisants ou au contraire ceux qui augmentent le risque d’échec (facteurs démographiques, socio-économiques, liés au niveau de sévérité de la maladie, ou encore à l’anxiété du patient) de façon à mieux guider la prise en charge et l’accompagnement au sevrage tabagique.

 

 

La prévalence de l’asthme est en augmentation et le contrôle de la maladie n’est obtenu que dans la moitié des cas, les exacerbations étant encore responsables en France de 900 décès par an. Le tabagisme est tout aussi présent dans cette population que dans la population générale, respectivement 24% et 25% des plus de 16 ans, alors que l’on sait qu’il favorise l’inflammation bronchique et le non-contrôle de la maladie. Le sevrage tabagique représente donc un point essentiel de la prise en charge du patient asthmatique fumeur. Une revue systématique de la littérature réalisée sur la période de 1980 à 2020 fait le point sur les bénéfices et les modalités du sevrage tabagique chez les personnes asthmatiques.

Des effets délétères bien démontrés à tous les étages de la pathologie

Les études montrent sans équivoque l’effet délétère d’une exposition au tabac active ou passive sur le développement de l’asthme chez l’enfant, l’adolescent et l’adulte. Selon l’enquête Epidemiological study on Genetic and Environment of Asthma, bronchial hyperresponsiveness and atopy (EGEA), un tabagisme actuel est associé à des symptômes d’asthme plus fréquents, à une plus grande sévérité de la maladie, à des hospitalisations pour exacerbation plus fréquentes et à un sur-risque de décès par asthme. Le tabagisme est aussi un facteur de risque de mauvais contrôle de l’asthme. Cela s’explique sans doute par le fait que les fumeurs actuels ont globalement une moindre observance aux traitements de fond et que leur réponse aux corticoïdes inhalés est moins bonne que celle des non-fumeurs en termes de débit expiratoire de pointe (DEP) matinal et de nombre d’exacerbations. La réponse peut toutefois être améliorée par les corticoïdes inhalés délivrant des particules ultrafines qui atteignent plus facilement les petites bronches où siège l’inflammation, ainsi que par un traitement par antileucotriènes associés. La qualité de vie liée à l’asthme est significativement altérée chez les fumeurs actuels par rapport à des sujets asthmatiques n’ayant jamais fumé. Le déclin de la fonction respiratoire et du VEMS (Volume Expiratoire Maximal seconde) est aggravé chez les fumeurs actuels et le tabagisme, actif comme passif, est un facteur de risque d’hyperréactivité bronchique, celle-ci augmentant avec le nombre de paquets-années.

Quels sont les facteurs favorisant le succès ou au contraire l’échec du sevrage tabagique ?

Différents facteurs prédictifs d’un sevrage tabagique réussi ont été identifiés. Démographiques et liés à la sévérité de la maladie tout d’abord : une dépendance nicotinique élevée ou très élevée (test de Fagerström) est plus souvent retrouvée chez les femmes fumeuses asthmatiques que chez celles qui sont indemnes de la maladie. Les adolescentes asthmatiques (mais pas les adolescents) ont en particulier des scores de dépendance physique au tabac plus élevés, suggérant qu’une aide au sevrage serait encore plus utile dans cette population. Les adolescents (filles ou garçons) qui présentent une forme plus sévère de la maladie ont également plus de risques de voir leurs tentatives d’arrêt échouer en raison d’une plus forte dépendance à la nicotine. Mais sur l’ensemble de la population asthmatique, les patients atteints de formes légères sont plus enclins à poursuivre leur tabagisme.

Une enquête menée aux Etats-Unis a montré que certains facteurs socio-économiques, comme le fait d’appartenir à une origine autre que caucasienne ou d’avoir un niveau d’éducation élevé, pouvaient être significativement associés à une tentative d’arrêt au cours des 12 derniers mois. Et le risque d’échec des tentatives d’arrêt est augmenté chez les sujets asthmatiques qui ont une sensibilité à l’anxiété (crainte de ressentir des attaques de panique lors du sevrage tabagique), alors qu’il est au contraire réduit si cette anxiété est associée aux symptômes de l’asthme.

Enfin, certains moments de la vie sont plus propices à l’arrêt du tabac. C’est notamment le cas lorsque « une forte émotion, une augmentation de la perception du risque lié au tabac et une redéfinition du rôle social et de sa propre conception du tabagisme » sont conjuguées (annonce d’une pathologie, hospitalisation, etc.).